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Volume 52, numéro 21 | 16 mars 2017

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Retour vers le futur

Des chercheurs font appel à une molécule utilisée dans les premières pilules contraceptives pour développer de nouveaux traitements contre le cancer

Par Jean Hamann

Une équipe de la Faculté de médecine a conçu, fabriqué et testé une nouvelle molécule capable de stopper la prolifération de cellules cancéreuses et même de réduire la taille des tumeurs chez des souris. Fait intéressant au sujet de cette molécule, l’une de ses composantes est dérivée du mestranol, un stéroïde qui était utilisé dans les premières pilules contraceptives il y a un demi-siècle.

Donald Poirier et son équipe du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval travaillent depuis plusieurs années à la mise au point de nouvelles molécules anticancéreuses. «En tant que spécialistes de la chimie médicinale, notre travail consiste à concevoir, à synthétiser et à tester des molécules pouvant améliorer les traitements contre différents types de cancer, explique le professeur Poirier. Nous avions déjà développé une molécule intéressante, le RM-133, pour laquelle nous avons fait une demande de brevet en 2009. Cette molécule est très efficace contre les cellules cancéreuses in vitro, mais les tests effectués sur des modèles de souris cancéreuses avaient montré qu’elle était rapidement éliminée par le foie. Il fallait corriger ce problème de stabilité.»

Pour y arriver, les chercheurs ont eu l’idée de se tourner vers le mestranol, un oestrogène stéroïdien synthétique qui a été largement utilisé dans les contraceptifs oraux jusqu’en 1969. «Nous nous sommes inspirés de nos travaux antérieurs sur le RM-133, explique le professeur Poirier. Ce composé est fait d’une chaîne carbonée et d’un stéroïde de la famille des androgènes. Nous avons utilisé la même chaîne carbonée et nous avons remplacé l’androgène par un dérivé du mestranol.»

Les premiers essais menés avec ce nouveau composé, appelé RM-581, ont livré des résultats très prometteurs, rapportent le professeur Poirier et ses collaborateurs René Maltais, Martin Perreault, Jenny Roy et Raphaël Dutour dans un récent numéro de la revue ChemMedChem. Il s’est révélé deux fois plus stable que le RM-133 et son efficacité in vitro contre les cellules cancéreuses du sein est au moins aussi grande. Les tests sur un modèle animal de cancer du sein ont montré que le RM-581 stoppe la prolifération des cellules cancéreuses en quelques jours et qu’il induit une réduction de la taille des tumeurs à partir de la troisième semaine de traitement. «Nous avons mis fin à l’expérience parce que les tumeurs étaient devenues tellement petites qu’il était impossible de les mesurer adéquatement», souligne le professeur Poirier.

Par ailleurs, les chercheurs n’ont observé aucun effet négatif sur le poids des souris ni sur leurs comportements, ce qui suggère que la molécule est bien tolérée par l’organisme. Autre élément important, le RM-581 exerce son action sur les cellules cancéreuses de façon beaucoup plus ciblée que le RM-133, ce qui signifie que cette molécule épargne davantage les cellules saines et qu’elle risque moins de causer des effets secondaires indésirables. «Le RM-581 s’est aussi révélé efficace contre les cellules d’autres cancers, notamment les cancers de la prostate, de l’ovaire et du pancréas, ainsi que la leucémie. Cette molécule est devenue notre principal cheval de bataille. Nous avons d’ailleurs déposé une demande de brevet pour ce composé et ses variantes il y a quelques mois.»

Il reste évidemment plusieurs étapes importantes à franchir avant que ce composé puisse faire l’objet d’essais cliniques chez l’humain, souligne le chercheur, et le financement de ces travaux est problématique. «Les organismes subventionnaires consacrent peu de ressources à ce type de recherches et il faut convaincre des organismes spécialisés en transfert technologique ou des entreprises privées du potentiel commercial du RM-581. Pour faire une analogie avec le hockey, nous avons pris la rondelle derrière notre filet, nous avons traversé toute la patinoire, nous sommes maintenant près du but adverse et nous cherchons un joueur vedette pour mettre la rondelle dans le filet.»

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Pour produire le RM-581, les chercheurs ont greffé une chaîne carbonée, en vert, à un dérivé du mestranol, un oestrogène stéroïdien synthétique utilisé dans les contraceptifs oraux jusqu'en 1969.

Photo: René Maltais, Donald Poirier et France Couture

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