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Volume 48, numéro 27 | 2 mai 2013

À la une

Rire aux larmes

Les clowns qui interviennent auprès des enfants hospitalisés n'ont qu'un défaut: ils donnent le mauvais rôle aux infirmières

Par Jean Hamann

Aller à l’hôpital, ce n’est drôle pour personne, mais c’est pire pour les enfants. Pas facile pour eux de comprendre que c’est pour leur bien qu’on les amène dans ces lieux inquiétants où des inconnus les palpent, tâtent, sondent, auscultent et piquent. L’anxiété qui en découle augmente le stress des tout-petits tout comme celui de leurs parents et du personnel soignant. Heureusement, il existe un remède simple à ce problème: le clown thérapeutique.

Amélie Dumas et Hélène Patenaude, de la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, et leur collègue Florence Vinit, de l’UQAM, ont évalué l’effet de la présence d’un duo de clowns sur 30 enfants traités au Centre mère-enfant de Québec. L’observation s’est déroulée au moment où les petits devaient subir l’installation d’un soluté, une vaccination, une ponction ou une infiltration, des procédures qui génèrent habituellement leur lot de peurs et de pleurs.

«L’intervention des clowns thérapeutiques n’est pas prédéfinie, précise la professeure Patenaude, qui a elle-même suivi une formation dans ce domaine en Belgique. Le duo utilise la musique, la danse, le conte et l’improvisation non pas comme spectacle, mais pour entrer en contact avec l’enfant et le distraire.» Lorsque son attention est tournée vers les clowns, l’enfant serait moins anxieux par rapport au traitement qui l’attend et sa perception de la douleur pourrait même être atténuée.

La théorie est bien jolie et, en plus, elle fonctionne. Selon les données recueillies par les deux chercheuses, environ 80% des parents et des infirmières jugent que les clowns réduisent le niveau d’anxiété de l’enfant avant et après la procédure. Par ailleurs, 70% des répondants estiment que l’intervention diminue la douleur des petits. «Certains ne se rendent même pas compte qu’un geste thérapeutique est posé», glisse la professeure Patenaude. Enfin, 80% des parents et des infirmières considèrent que cette méthode a permis l’établissement d’une complicité entre eux. «Les clowns favorisent une rupture dans la routine courante des soins et dans les modalités de communication entre patients et soignants, ajoute-t-elle. Elle réintroduit toutes les personnes présentes dans le monde où l’enfant est un être qui joue et qui s’amuse.»

La seule réserve exprimée par les infirmières? Les clowns ont le beau rôle dans l’affaire, ce qui fait craindre à certaines que les enfants retournent chez eux avec un souvenir bien arrêté de leur séjour à l’hôpital: les clowns font rire et les infirmières font pleurer. «La plupart s’accommodent bien de la situation, souligne toutefois Hélène Patenaude. L’organisation du travail dans les hôpitaux est telle que les infirmières n’ont pas le temps de distraire les enfants avant, pendant et après une procédure, de sorte qu’elles apprécient l’aide apportée par les clowns.»

Hélène Patenaude, Florence Vinit et Amélie Dumas, Impact de l’accompagnement par un duo de clowns thérapeutiques lors d’une situation de procédure de soin intrusive chez un enfant. Jeudi 9 mai à 13h30, au local 2269 du pavillon Ferdinand-Vandry. Inscription au congrès obligatoire.

Rémi Coignard-Friedman

L'organisme Dr Clown travaille deux jours par semaine auprès des jeunes patients des grands centres pédiatriques de Montréal et de Québec.

Photo: Rémi Coignard-Friedman

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