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Volume 49, numéro 13 | 28 novembre 2013

Société

Ronde et jolie

Il faut cesser de croire que l’acceptation de soi passe par la perte de poids, soutient l’étudiante Joëlle Vaillancourt

Par Renée Larochelle

Du plus loin qu’elle se souvienne, Joëlle Vaillancourt a toujours été la plus grande et la plus forte de sa classe. Forte au sens de «grosse», osons le mot. Les premiers actes d’intimidation dont elle a été victime ont commencé à la maternelle et se sont poursuivis au primaire. À l’adolescence commence le cercle infernal des régimes, assorti d’un entraînement intensif sur vélo stationnaire d’une dizaine d’heures par semaine. Rien n’y fait. La jeune femme perd du poids et le reprend. Mesurant 1,78 m, portant la taille 16, elle désespère de ressembler un jour à ces femmes minces qui étalent leur minceur sur les couvertures de magazine.

«Plus je maigrissais, plus je me trouvais des défauts», raconte cette étudiante de 24 ans qui termine cette année un baccalauréat intégré en études internationales et langues modernes. «Le bonheur de ma vie reposait sur le chiffre qui allait apparaître le matin, le midi, le soir et avant d’aller dormir sur la balance de ma salle de bain.» Au bout du rouleau, elle consulte un médecin qui diagnostique un trouble alimentaire non spécifique: il ne s’agit pas de boulimie ni d’anorexie, mais de quelque chose se situant entre ces deux extrêmes. «C’est comme si la nourriture et le compte des calories contrôlaient ta vie. En plus, je travaillais beaucoup et je me privais de sommeil. C’était l’enfer.»

Au terme d’une année de thérapie au cours de laquelle elle dit s’être reconstruite et avoir appris à s’aimer, cette jolie blonde aux yeux bleus et au sourire dévastateur a arrêté de penser que maigrir allait lui amener la paix. La vie faisant bien les choses, une amie lui a demandé de participer au calendrier 2014 Ronde et Jolie. Mettant en valeur 13 Saguenéennes aux courbes généreuses, ce projet vise à sensibiliser la population, et surtout les adolescentes, à l’importance d’accepter leur corps, peu importe leur poids.

Joëlle Vaillancourt a accepté d’y jouer le rôle de mannequin et fera la page du mois de janvier. Pas mal pour une fille qui, il n’y a pas si longtemps, angoissait juste à se regarder dans un miroir et à paraître en public. Cette sortie du placard a chamboulé sa vie. En septembre, elle s’est ainsi inscrite à un concours nord-américain de mannequins de taille forte organisé par la chaîne de vêtements Addition Elle et s’est classée 7e sur 4 500 candidates. Récemment, une clinique l’a approchée pour lui demander d’être porte-parole lors de la Semaine de sensibilisation des troubles alimentaires qui aura lieu en janvier. 

«Ma plus grande surprise a été de constater l’effet que je pouvais avoir sur les gens», affirme avec force l’étudiante. «J’ai reçu tellement de messages de femmes qui se sont identifiées à mon histoire! L’image corporelle est un sujet qui crée tellement de tensions et de problèmes dans notre société. Il faut arrêter de croire que l’acceptation de soi passe par la perte de poids.»

Même si elle a repris tout le poids perdu durant toutes ces années où elle a mené son corps au bord de l’épuisement, Joëlle Vaillancourt est aujourd’hui une femme heureuse. «Aujourd’hui, je suis fière de dire que je me sens libre, dit-elle. Aujourd’hui, je suis fière de dire que je suis belle, inspirante, charmante et intelligente. Il n’y a pas de jour où je triche, où je mange de la bonne ou de la mauvaise nourriture, où j’agis bien et d’autres pas. Aujourd’hui, j’ai lâché prise.»

Ryu Sindberg

L'étudiante au baccalauréat intégré en études internationales et langues modernes s'est classée 7e sur 4500 candidates dans un concours nord-américain de mannequins de taille forte organisé par la chaîne de vêtements Addition Elle.

Photo: Ryu Sindberg

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