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Volume 52, numéro 23 | 30 mars 2017

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Une route parsemée d’embûches

La vitesse de traitement de l'information est un obstacle majeur à la reprise du volant chez les victimes de traumatismes crâniens sérieux

Par Jean Hamann

L’un des principaux obstacles qui se dressent sur la route des personnes qui ont eu un traumatisme crânien modéré ou sévère et qui souhaitent recommencer à conduire est la vitesse de traitement de l’information. C’est ce que confirme une étude publiée dans un récent numéro de Neuropsychological Rehabilitation par des chercheurs de l’École de psychologie rattachés au CIRRIS et au Centre de recherche CERVO, la nouvelle appellation du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Chaque année, entre 4 000 et 8 000 Québécois subissent un traumatisme crânien modéré ou sévère. Le déficit cognitif qui subsiste après la période de réadaptation expliquerait en bonne partie pourquoi seulement la moitié d’entre eux sont en mesure de reprendre le volant d’une automobile, rappelle le premier auteur de l’étude, Simon Beaulieu-Bonneau. Conduire une automobile est une activité plus exigeante qu’il n’y paraît sur le plan cognitif. Le cerveau doit diviser son attention entre plusieurs tâches, compiler une masse considérable de données, trier celles qui sont importantes pour la conduite et analyser rapidement cette information pour permettre la prise de décision.

Afin d’approfondir la question des problèmes d’attention qui se manifestent après un traumatisme crânien, Simon Beaulieu-Bonneau, Émilie Fortier-Brochu, Hans Ivers et Charles Morin ont recruté 22 personnes qui avaient subi un traumatisme crânien modéré ou sévère d’un à onze ans plus tôt. Les participants ont été soumis à trois tests neuropsychologiques ainsi qu’à un test sur un simulateur de conduite. Les tests neuropsychologiques, réalisés à l’aide de questionnaires papier et de tests sur ordinateur, ont révélé que les sujets du groupe «traumatisme crânien» obtiennent de moins bons résultats que les participants du groupe témoin – des personnes en bonne santé n’ayant jamais eu de traumatisme crânien – au chapitre de la vitesse de traitement de l’information et de l’attention soutenue. «Nos résultats confirment des travaux antérieurs qui montrent que la vitesse de traitement de l’information demeure affectée longtemps après un traumatisme crânien, commente Simon Beaulieu-Bonneau. Les dommages primaires et secondaires de l’accident ont des effets diffus et persistants sur le cerveau, ce qui se manifeste par des temps de réaction plus lents.»

Les problèmes mis en relief lors des tests psychologiques ont été confirmés lors de tests de conduite de 30 minutes effectués sur un simulateur installé au Centre de recherche CERVO. Les données recueillies indiquent que les participants du groupe «traumatisme crânien» parviennent plus difficilement à maintenir le positionnement latéral de l’automobile. Même s’ils ne se retrouvent pas plus souvent sur l’accotement ou dans la voie opposée, ils réussissent moins bien à garder l’auto au centre de la voie. «Ceci suggère un manque de contrôle du véhicule qui pourrait résulter de problèmes sur le plan de la vitesse de traitement de l’information ou de l’attention soutenue, souligne Simon Beaulieu-Bonneau. Toutefois, on ne peut pas conclure que les différences observées pourraient se traduire par un risque accru de collision en situations réelles de conduite.»

Comme outils de recherche, les tests sur simulateur de conduite apportent des informations plus écologiques que les questionnaires habituellement utilisés par les neuropsychologues parce qu’ils collent mieux aux conditions de vie réelles des participants, fait valoir Simon Beaulieu-Bonneau. «Pour les personnes qui souhaitent recommencer à conduire après un traumatisme crânien modéré ou sévère, des essais sur simulateur de conduite constituent une étape intermédiaire intéressante avant de s’aventurer sur la route. Plusieurs milieux cliniques, notamment à Québec, utilisent déjà les simulateurs de conduite à cette fin.»

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Les tests effectués sur un simulateur de conduite montrent que les personnes qui ont eu un traumatisme crânien sérieux ont plus de difficulté à maintenir le véhicule au centre de la voie. Ce manque de contrôle du véhicule pourrait résulter de problèmes sur le plan de la vitesse de traitement de l'information ou de l'attention soutenue.

Photo: Simon Beaulieu-Bonneau

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