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Volume 53, numéro 11 | 23 novembre 2017

Société

Des routes exemptes de conducteurs

Les véhicules autonomes transformeront profondément la société, estime Philippe Giguère, spécialiste en robotique mobile et en perception artificielle

Par Matthieu Dessureault

Depuis un an, Waymo, une entité du géant américain Google, teste des prototypes de voitures sans conducteur en Californie. Au Canada, des entreprises comme Magma International s’intéressent fortement à cette technologie. C’est un fait avéré, les voitures autonomes sont sur le point de prendre d’assaut les routes du monde.

Pour Philippe Giguère, professeur au Département d’informatique et de génie logiciel, la question n’est pas de savoir si ces véhicules finiront par remplacer nos voitures traditionnelles, mais plutôt quand ils le feront. «C’est inévitable. J’ai l’impression qu’un jour, il sera illégal de conduire des voitures. Les gens se demanderont pourquoi on confiait, autrefois, ces tonnes de métal à des humains!», lance-t-il, mi-sérieux.

Le 16 novembre, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, le chercheur a présenté sa vision de la mobilité dans le cadre des Rencontres du numérique de l’Institut technologies de l’information et sociétés. Sa conférence a permis au public de comprendre le fonctionnement des véhicules autonomes et la nature des systèmes, des algorithmes et des capteurs qui sont utilisés pour mettre sur pied cette technologie.

Fervent détracteur de l’automobile dans sa forme actuelle, Philippe Giguère a insisté sur les nombreux avantages de la conduite autonome. Entre autres, ces nouveaux véhicules pourraient réduire la congestion routière, limiter la durée des transports et entraîner des économies d’essence. «La voiture a des coûts sociaux énormes. En Amérique du Nord, les investissements routiers représentent plusieurs centaines de milliards de dollars chaque année. Avec la conduite autonome, le besoin d’ajouter des voies aux autoroutes diminue puisque les véhicules se collent les uns aux autres. On sauve ainsi une quantité phénoménale de béton. Le temps perdu dans le trafic, le stress causé par la conduite… tout cela s’évapore avec les véhicules autonomes!»

Il croit aussi que cette invention pourrait avoir une incidence importante sur le nombre de blessés et de morts sur nos routes. De fait, de nombreuses études ont démontré que ce sont des erreurs humaines qui sont à l’origine de 90% des collisions. Dans cette logique, remplacer le conducteur par une technologie intelligente pourrait faire chuter le nombre d’accidents. «Quand un humain fait un accident, il apprend de son erreur. En revanche, si une voiture autonome cause un accident, ce sont toutes les voitures autonomes qui apprennent. Une mise en commun des connaissances va se faire au fil du temps et diminuer le taux d’accidents», prévoit le chercheur.

Pour lui, le principal défi sur le plan de la sécurité est de développer des capteurs capables de détecter des obstacles imprévus, comme un cycliste ou un piéton, dans des conditions météorologiques difficiles. Avec plusieurs collègues, le professeur travaille au lancement d’un projet de recherche avec la compagnie LeddarTech pour tester une nouvelle sorte de capteurs très puissants et récolter une multitude de données.

Selon Philippe Giguère, l’Université a toutes les ressources pour se positionner dans ce nouveau champ d’études. «Plusieurs chercheurs ont développé une expertise dans des domaines liés aux véhicules autonomes, comme la captation de données, la robotique mobile et la cartographie 3D. Tous ces pôles d’expertise peuvent se marier pour faire avancer des projets. Plusieurs recherches sont en cours et d’autres sont à venir.»

auto autonome

Peu à peu, le concept de véhicule autonome se concrétise. Plusieurs entreprises procèdent à des essais routiers et promettent une commercialisation d'ici quelques années.

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