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Volume 54, numéro 5 | 3 octobre 2018

Actualités UL

La science-fiction au féminin

Les auteures Esther Rochon et Élisabeth Vonarburg ont joué un rôle déterminant dans les débuts de la science-fiction québécoise

Par Matthieu Dessureault

Cliché oblige, on pourrait croire que la littérature de science-fiction est un monde éminemment masculin, incluant les auteurs et le milieu de l’édition. Mais qu’en est-il vraiment? «Même s’il y a peu de femmes dans cet univers, celles qui y jouent un rôle se démarquent et se retrouvent souvent en position d’autorité. Dans un genre généralement vu comme masculin, ce sont deux femmes, Esther Rochon et Élisabeth Vonarburg, qui se sont imposées et ont su aider à définir ce qu’est devenue la science-fiction québécoise», affirme Guillaume Fiset, étudiant à la maîtrise en études littéraires.

Son mémoire, en cours de rédaction, porte sur l’apport de ces écrivaines dans l’apparition de la SFFQ, soit la science-fiction et le fantastique québécois. Ses premiers résultats ont fait l’objet d’une communication à un colloque étudiant du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, «Littérature, théâtre et cinéma des femmes au Québec de 1960 à 1980».

Élisabeth Vonarburg et Esther Rochon sont deux noms bien connus chez les amateurs de SFFQ. Française d’origine, Vonarburg a obtenu un doctorat en création littéraire de l’Université Laval en 1987. On lui doit plusieurs romans et recueils de nouvelles, dont Le silence de la cité, L’œil de la nuit et Reine de mémoire. De son côté, Esther Rochon a publié, entre autres, En hommage aux araignées, Le rêveur dans la citadelle et Les chroniques infernales.

Pour sa recherche, Guillaume Fiset se concentre sur les textes publiés par ces auteures dans le fanzine Requiem. Créé en 1974 par Norbert Spehner, un professeur de littérature au Cégep Édouard-Montpetit, ce magazine est associé aux débuts de la SFFQ. Outre Vonarburg et Rochon, plusieurs écrivains aujourd’hui reconnus y ont signé de courts récits, des articles et des critiques de livres et de films. En 1979, la revue a changé de nom pour Solaris.

La première contribution d’Élisabeth Vonarburg aux pages de Requiem remonte à 1975. Dès lors, elle a produit des textes sur une base régulière, n’hésitant pas à poser un regard très critique sur le milieu de la science-fiction. Pour l’auteure, la littérature d’ici accusait un retard par rapport à celle de la France et des États-Unis. «Dans un texte intitulé “La S.F. au Québec?”, Vonarburg dresse un constat sévère de la production science-fictionnelle, affirmant que son “article essaiera de comprendre pourquoi il n’y a pas de science-fiction à proprement parler au Québec, ou si peu”. Ce texte, tout en étant une réflexion sur l’état de la science-fiction naissante, se veut un incitatif adressé au lectorat, l’intimant à adopter un rôle actif dans le milieu. Si Vonarburg est aussi critique, c’est pour pousser à l’action, pour rendre Requiem et, par le fait même, le milieu de la SFFQ dynamiques», explique Guillaume Fiset.

Les textes d’Esther Rochon, en revanche, sont davantage de nature factuelle. Ils portent, entre autres, sur l’œuvre de Howard Phillips Lovecraft, un auteur américain connu pour ses récits mêlant fantastique, horreur et science-fiction. «Ce n’est pas parce que le discours de Rochon diffère de celui de Vonarburg qu’elle ne participe pas à la diffusion d’une certaine vision des littératures de l’imaginaire, précise l’étudiant. On peut penser à ses textes sur Lovecraft qui ont contribué à l’admiration que portent plusieurs personnes à l’égard de cet auteur.»

Si les deux femmes ont joué un rôle si majeur, ajoute Guillaume Fiset, c’est grâce à leur personnalité forte, mais aussi parce qu’il y avait une conjoncture favorable à l’époque. La montée du féminisme dans les années 70 a probablement été un facteur déterminant «Il y a aussi le fait qu’Élisabeth Vonarburg avait étudié la science-fiction en France. À son arrivée au Québec, elle a déjà une autorité, au même titre qu’Esther Rochon, qui venait de publier un premier roman en 1974. Mais si elles ont eu tant d’influence dans le milieu, c’est parce qu’elles ont travaillé fort et qu’elles ont su prendre leur place.»

Pour l’étudiant, leur parcours a tout pour inspirer la relève littéraire. «On retrouve dans leur discours engagé une désinvolture qui est fort intéressante. Il est aussi très inspirant de voir que tout a commencé dans un petit fanzine, lancé dans un cégep de Longueuil, pour que finalement elles contribuent, avec d’autres acteurs du milieu, au développement de la science-fiction et du fantastique tels qu’on les connaît», conclut-il.

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Pour les besoins de sa recherche, Guillaume Fiset a analysé les textes publiés par les deux auteures dans le fanzine Requiem, qui a existé de 1974 à 1979.

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