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Volume 53, numéro 20B | 23 février 2018

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Le tatouage en milieu carcéral est associé à un risque presque trois fois plus élevé d'infection par le virus de l'hépatite C

Par Jean Hamann

La prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est presque trois fois plus élevée chez les détenus qui se font tatouer en milieu carcéral, révèlent les travaux d’une équipe de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval. Cette étude, qui vient de paraître dans la revue Annals of Epidemiology, suggère qu’il serait souhaitable de fournir du matériel de tatouage stérile aux détenus parce que cette mesure limiterait la transmission du VHC non seulement à l’intérieur des prisons, mais aussi à l’extérieur de leurs murs. «Un détenu qui ne contracte pas le VHC pendant son séjour en milieu carcéral ne peut le transmettre une fois qu’il réintègre la société», résume le responsable de l’étude, Michel Alary.

L’hépatite C est une maladie qui frappe 71 millions de personnes dans le monde. Elle cause une inflammation du foie pouvant évoluer vers la cirrhose ou le cancer du foie; environ 400 000 personnes en meurent chaque année. Les médicaments antiviraux sont efficaces dans 95% des cas, mais les traitements coûtent cher. Le VHC se transmet par le sang, et le principal facteur de risque est l’utilisation d’aiguilles et de seringues contaminées par des personnes faisant usage de drogues injectables.

Les chercheurs ont évalué la prévalence de la maladie et les facteurs de risque dans la population carcérale grâce au concours de 1 315 hommes et de 250 femmes répartis dans 7 centres de détention du Québec. Les tests de détection effectués à l’aide d’un échantillon de salive montrent que 12% des participants et 19% des participantes étaient infectés par le VHC. Le fait d’avoir déjà fait usage de drogues intraveineuses était le principal facteur de risque.

Les données obtenues par les chercheurs révèlent également que la pratique du tatouage est courante en prison: 37% des hommes et 4% des femmes se sont fait tatouer pendant leur détention. «Il s’agit le plus souvent de tatouages rudimentaires réalisés à l’aide de trombones, d’aiguilles à couture et d’encre de stylo», souligne le professeur Alary. Chez les personnes tatouées en prison, 13% des répondants et 56% des répondantes ont rapporté que l’équipement utilisé pour réaliser le travail n’était pas stérile. Chez les personnes n’ayant jamais fait usage de drogues intraveineuses, la prévalence du VHC était 2,8 fois plus élevée si elles s’étaient fait tatouer pendant leur détention.

Bien que l’étude ne permette pas d’établir de lien de cause à effet, elle suggère néanmoins que certains détenus contractent le VHC en se faisant tatouer avec de l’équipement contaminé par le virus. Pour prévenir la transmission de l’hépatite C et pour contenir les coûts liés à son traitement, il faudrait envisager la possibilité de fournir du matériel de tatouage stérile aux détenus, fait valoir Michel Alary. Une expérience pilote menée par le Service correctionnel du Canada en 2005 avait montré que le coût des soins annuels d’un détenu atteint d’hépatite C étaient 38 fois plus élevé que les dépenses occasionnées par un tatouage réalisé avec du matériel stérile. «Le taux de roulement dans les centres de détention du Québec est élevé, rappelle le chercheur. Si on veut limiter la transmission du VHC entre les détenus ainsi que dans l’ensemble de la population, il faut s’attaquer à ce facteur de risque à l’intérieur des prisons. Tout le monde y gagnerait.»

L’étude parue dans Annals of Epidemiology est signée par Céline Poulin, Yohann Courtemanche et Michel Alary, de la Faculté de médecine et du CHU de Québec – Université Laval, et par Bouchra Serhir, de l’Institut national de santé publique du Québec.

tatouage

L'étude montre que 37% des hommes et 4% des femmes se sont fait tatouer pendant leur détention. Dans une bonne proportion des cas, le tatouage a été réalisé à l'aide de matériel non stérile.

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