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Volume 53, numéro 12 | 30 novembre 2017

À la une

Soigner sur trois continents

Quinze étudiantes et étudiants en sciences infirmières présenteront ce soir le bilan de leur stage international et interculturel réalisé l'été dernier au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Inde et au Sénégal, ainsi qu'au Nunavik

Par Yvon Larose

Kévin Dickie et Anne-Charlotte Lebel sont tous deux finissants au baccalauréat en sciences infirmières. Ce soir, le jeudi 30 novembre, au pavillon Ferdinand-Vandry, ils feront la présentation du stage international et interculturel de deux mois qu’ils ont réalisé ensemble de la fin juin à la fin août 2017 dans un centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de la ville de Yako, au Burkina Faso, en Afrique de l’Ouest. Douze autres étudiantes et un autre étudiant les accompagneront pour parler de leur expérience respective de stagiaire, également réalisée l’été dernier, au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun et au Sénégal, ainsi qu’en Inde et au Nunavik, dans le Grand Nord québécois. Pour ces stages crédités, les participants ont reçu un encadrement structuré de la Faculté des sciences infirmières, du Bureau international et de divers partenaires.

«Les CSPS constituent la porte d’entrée du système public de santé au Burkina Faso, explique Anne-Charlotte Lebel. Ils sont en première ligne et sont un peu l’équivalent de nos CLSC. Le niveau supérieur est constitué de centres médicaux avec antennes chirurgicales (CMA). Les patients viennent d’abord au CSPS et si le cas est complexe, comme une césarienne, on le réfère au CMA. La plupart du temps, Kévin et moi étions au CSPS, où nous faisions toutes les activités de santé pour toute clientèle. Nous avons aussi effectué quelques visites au CMA local.»

Leur stage s’est déroulé en collaboration avec le Programme d’amélioration de la santé des mères et des enfants. Ce programme est financé par Affaires mondiales Canada. Il vise à réduire la mortalité chez les mères et les jeunes enfants au Burkina Faso. Six autres étudiants de l’Université Laval, soit deux en médecine, deux en pharmacie et deux autres en psychoéducation, ont participé à ce programme cet été à Yako. Les étudiants en médecine étaient rattachés au CMA, les autres au dépôt pharmaceutique et à une ONG.

«Les conditions étaient assez rudimentaires à notre CSPS, poursuit-elle. Il n’y avait pas beaucoup d’équipements et très peu de mesures diagnostiques. L’accès à l’eau était difficile et il y avait souvent des ruptures de matériel. Nous étions assez limités dans ce que nous pouvions faire.»

Le personnel du CSPS était constitué d’un infirmier-chef et d’une infirmière, d’une sage-femme et d’accoucheuses. Au fil des jours, les deux étudiants ont assisté aux consultations curatives ou prénatales menées par les intervenants du CSPS. Ils ont fait les traitements requis, comme des injections de médicaments, installé des solutés dans les cas de paludisme ou de déshydratation et refait des pansements. Les étudiants vaccinaient des personnes chaque semaine, en particulier des jeunes enfants entre deux et quinze mois. Ils ont participé aux suivis de femmes enceintes, à des accouchements et aux suivis postnataux. Ils ont aussi pris part à une clinique sur la malnutrition et à des activités de sensibilisation sur divers sujets, comme la planification familiale et le paludisme.

«Kévin et moi avons mené une activité de sensibilisation sur les environnements sécuritaires et sur l’hygiène adéquate des milieux, indique Anne-Charlotte Lebel. Nous avons conçu pour cela un outil, préalablement au stage. Nous avions déterminé sept problématiques. L’une d’elles est reliée aux troubles intestinaux, comme la diarrhée et la gastro-entérite, qui découlent d’une mauvaise hygiène autour de l’alimentation. Par exemple, le fait de ne pas se laver les mains avant les repas parce que l’accès à l’eau potable est difficile.»

Une autre problématique concerne l’automédication. «Les Burkinabè ne consultent pas de médecin, ils vont plutôt chercher un médicament directement à la pharmacie et sans ordonnance parce que les médicaments sont en vente libre, explique-t-elle. Ceci provoque un délai dans la prise en charge des maladies et peut camoufler des signes et des symptômes importants.»

Leur journée de travail terminée, les deux étudiants rentraient dans leur famille d’accueil respective. L’un et l’autre ont beaucoup retiré de leur expérience de stage, tant sur le plan professionnel que personnel. Au CSPS, ils avaient beaucoup d’autonomie et ont trouvé très formateur de gérer les imprévus. Ils ont aussi trouvé enrichissant le contact avec les membres de leur famille d’accueil. Pour sa part, Anne-Charlotte Lebel a eu la piqûre. «Nous étions bien en Afrique, affirme-t-elle. C’est un autre monde. C’est fascinant. J’ai gardé contact avec ma famille d’accueil. J’aimerais maintenant découvrir un nouveau pays en développement. J’ai commencé, avec une collègue, une démarche pour aller travailler en Inde.»

Alexandra Babin terminera son baccalauréat en sciences infirmières en décembre. Cet été, avec sa consœur Alexia Labarre, elle a séjourné durant neuf semaines à l’école Kalkeri Sangeet Vidyalaya, à l’extérieur du village de Kalkeri, en Inde. Cette école à nulle autre pareille accueille gratuitement quelque 250 enfants provenant de milieux défavorisés. La moitié de la journée est consacrée à l’enseignement de la musique traditionnelle indienne. L’autre moitié est réservée au parcours scolaire habituel.

«Les enfants habitent sur le terrain de l’école, raconte Alexandra Babin. Alexia et moi, nous demeurions à l’infirmerie appelée Bobo House. Mes tâches ont consisté pour l’essentiel à donner des soins aux enfants. C’étaient des soins courants, comme ceux pour de petites coupures résultant d’une chute. La pharmacie de l’infirmerie contenait différents médicaments, tels des antidouleurs. Au besoin, il fallait aller à la pharmacie du village voisin. Alexia, diminuée par la maladie, a plutôt fait des tâches administratives durant un mois et demi.»

Les étudiantes avaient monté deux projets de sensibilisation en prévision de leur stage. L’un portait sur le brossage adéquat des dents, l’autre concernait une saine hygiène des oreilles chez tous les enfants de l’école.

Selon Alexandra Babin, la médecine ayurvédique traditionnelle occupe une grande place à la Bobo House. «Tous les “petits bobos” des enfants, dit-elle, sont traités sous l’angle de cette médecine. Alexia et moi avions fait beaucoup de recherches sur le Web à ce sujet. Nous voulions connaître les avantages de cette approche basée sur des élixirs, des pommades et des huiles essentielles. Il y avait, à la Bobo House, un guide maison sur ce qui fonctionne le plus et sur ce qui fonctionne le moins dans la médecine ayurvédique. À ma grande surprise, nous avons obtenu beaucoup de beaux résultats, et des guérisons dans certains cas.»

Les écoliers lui sont apparus faciles d’approche et débordants d’énergie positive. «Nous avons développé des liens avec eux, souligne-t-elle, des liens qui nous ont fait grandir. Globalement, le stage a été enrichissant à tout point de vue. Cette expérience a confirmé que j’avais une bonne capacité d’adaptation. Travailler à l’international me plairait.»

Dans quelques semaines, Hélène Lévesque-Gosselin terminera son baccalauréat en sciences infirmières. Entre juillet et août, dans le cadre de son stage, elle a travaillé durant neuf semaines au dispensaire du village inuit de Tasiujaq, au Nunavik.

«Je suis très heureuse de m’être rendue au Nunavik vivre cette grande aventure, soutient-elle. La santé internationale m’intéresse beaucoup. Je me suis sentie grandement impliquée dans les problèmes sociaux rencontrés et j’espère de tout cœur pouvoir retourner vivre auprès de ces communautés.»

Tasiujaq compte 360 habitants. Au dispensaire, l’étudiante a fait face à des problèmes de santé variés. Mentionnons ceux reliés à la santé sexuelle, les traumas, les otites, les douleurs dentaires et les infections pulmonaires, ainsi que les soins reliés aux incidents / accidents, particulièrement en lien avec les activités de chasse et de pêche. «L’état de santé en général de la population est tout de même alarmant, dit-elle, compte tenu de l’émergence de plusieurs maladies consécutives à la sédentarisation de la population, comme l’obésité et le diabète. La santé sexuelle et les infections transmissibles sexuellement et par le sang constituent un problème de grande envergure. C’est pourquoi j’en ai fait ma priorité dans ce stage.»

Dans le dispensaire, Hélène Lévesque-Gosselin côtoyait un infirmier et une infirmière, une travailleuse sociale et un professionnel en protection de la jeunesse. La clinique était ouverte pour les urgences de toutes sortes, sans rendez-vous. Le mardi après-midi était consacré aux suivis de grossesse. Le jeudi était réservé aux suivis infantiles et à la vaccination.

«À Tasiujaq, souligne-t-elle, le rôle élargi de l’infirmière est un côté très intéressant, notamment en raison de toutes les responsabilités qui nous permettent d’avoir une approche beaucoup plus holistique et qui mettent de l’avant notre expertise clinique. J’ai appris beaucoup sur le plan professionnel, et le peuple inuit m’a fait grandir d’un point de vue personnel. Les Nunavimmiut sont très attachants et j’ai découvert un peuple que j’admire beaucoup.»

Les présentations orales des étudiantes et des étudiants stagiaires en sciences infirmières auront lieu de 17 h 30 à 19 h 30 ce soir, le jeudi 30 novembre, au local 1289A du pavillon Ferdinand-Vandry. Entrée libre.


Burkina Faso
Au CSPS de Yako, Kévin Dickie exécutait toutes les activités de santé, notamment la réfection des pansements.
Photo: Anne-Charlotte Lebel

Inde
À la Bobo House de l’école Kalkeri Sangeet Vidyalaya, Alexandra Babin soigne une écolière à l’aide de la médecine ayurvédique traditionnelle. Il est question ici de soulager une douleur musculaire à l’aide d’une pommade et de massage.
Photo: Alexia Labarre

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