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Volume 53, numéro 18 | 8 février 2018

À la une

Des soins à géographie variable

Le taux de mortalité des victimes d'AVC est environ 25% plus élevé pour les patients traités en région

Par Jean Hamann

Les Canadiens victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ont plus de chances de survivre s’ils sont traités dans un hôpital situé dans un centre urbain plutôt qu’en région. En effet, selon une étude publiée dans la revue PLOS ONE par des chercheurs de l’Université Laval, le taux de mortalité dans le mois qui suit un AVC est environ 25% plus élevé pour les patients traités en région.

L’équipe dirigée par Richard Fleet, professeur à la Faculté de médecine et titulaire de la Chaire de recherche en médecine d’urgence de l’Université Laval, arrive à ce constat après avoir comparé le taux de mortalité des victimes d’AVC admis dans 286 hôpitaux situés en région et dans 24 hôpitaux de centres urbains du Canada entre 2007 et 2011. Les hôpitaux en région ont été inclus dans l’étude s’ils se trouvaient dans une agglomération de moins de 10 000 habitants et s’ils disposaient d’une urgence où les services d’un médecin urgentologue étaient offerts en permanence.

À l’aide de données compilées par l’Institut canadien d’information sur la santé, les chercheurs ont établi que le taux de mortalité des victimes d’AVC admis dans des hôpitaux urbains a fluctué entre 14,1% et 16,8% pendant les cinq années couvertes par l’étude. Dans les hôpitaux situés en région, ce taux a varié de 18,3% à 21%. L’écart entre les deux types d’hôpitaux a été observé chaque année, sauf en 2008, et dans chaque province étudiée.

Selon les chercheurs, cet écart pourrait s’expliquer par un manque de ressources dans les hôpitaux situés en région. Leur étude rapporte que seulement 21% de ces hôpitaux ont une unité de soins intensifs et qu’à peine 11% disposent d’un tomodensitomètre, communément appelé scanner. «L’absence de cet appareil à l’intérieur des murs de l’hôpital prive les médecins d’un outil pouvant les aider à poser rapidement un diagnostic d’AVC et à commencer sans délai le traitement recommandé», souligne le professeur Fleet.

Les urgences des hôpitaux situés en région enregistrent plus de 3 millions de visites chaque année au Canada et les AVC sont l’une des trois principales causes de décès au pays. «Environ 20% de la population canadienne vit en région et notre étude soulève des questions sur l’un des principes de notre système universel de santé selon lequel tous les Canadiens, peu importe où ils vivent, ont droit à un accès égal à des soins de qualité. Il serait temps de s’attaquer aux iniquités dans les soins de santé en région.»

Fait à noter, les hôpitaux québécois n’ont pas été inclus dans les analyses parce que le Québec ne fournit pas de données à l’Institut canadien d’information sur la santé. Par contre, une autre étude de l’équipe du professeur Fleet a montré que les hôpitaux situés dans les régions du Québec sont bien outillés pas rapport à ceux du reste du Canada. En effet, 74% d’entre eux disposent d’une unité de soins intensifs et 78% possèdent un scanner.

L’étude publiée dans PLOS ONE est signée par Richard Fleet, Sylvain Bussières, Fatoumata Korika Tounkara, Stéphane Turcotte, France Légaré, Julien Poitras et Patrick Archambault, de l’Université Laval, Jeff Plante, de l’Université de la Colombie-Britannique, et Gilles Dupuis, de l’UQAM.

Afin d’explorer des avenues de solution, le professeur Fleet et l’Association des médecins d’urgence du Québec organisent le 1er Sommet sur la médecine d’urgence en région rurale et éloignée. La rencontre aura lieu le 18 avril à Québec. Pour information et inscription: Urgences Rurales 360 sur Facebook ou amuq.qc.ca.

AVC

Les urgences des hôpitaux situés en région enregistrent plus de 3 millions de visites chaque année au Canada et les AVC sont l'une des trois principales causes de décès au pays.

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