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Volume 53, numéro 28 | 11 juin 2018

Actualités UL

Sous la plume du scientifique

La professeure Nadia Aubin-Horth encourage les étudiants-chercheurs en sciences à se percevoir comme des écrivains

Par Manon Plante

Alors qu’autrefois il allait de soi pour un naturaliste comme Buffon de se présenter comme un homme de lettres, les scientifiques d’aujourd’hui ne se définissent pas, en général, comme des écrivains. Pourtant, une grande partie de leur travail repose sur la rédaction de conférences et d’articles scientifiques. De plus, élaborer un protocole de recherche exige une bonne maîtrise de l’écriture. «Écrire n’est pas un geste étranger à la science, remarque Nadia Aubin-Horth, professeure au Département de biologie et chercheuse à l’Institut de biologie intégrative et des systèmes. C’est une partie intégrante du processus de recherche.»

Le vendredi 8 juin, au pavillon Alphonse-Desjardins, la professeure a présenté la conférence «Les scientifiques sont des écrivains» à l’occasion de la 5e Journée de la recherche étudiante de l’axe Santé des populations et pratiques optimales en santé. L’événement, auquel étaient inscrites 127 personnes, visait à faire connaître la variété des travaux menés par les étudiants-chercheurs membres de cet axe du CHU de Québec – Université Laval. Outre les 8 étudiants aux cycles supérieurs et stagiaires postdoctoraux qui ont prononcé une communication orale et les 48 autres qui ont présenté une affiche, le comité organisateur de la Journée avait invité 2 professeurs à discuter de sujets qui peuvent sembler en marge de la recherche. Nadia Aubin-Horth, chercheuse en génomique du comportement, a été appelée à commenter le statut d’écrivain chez le scientifique, alors que Christian Desîlets, professeur au Département d’information et de communication, a analysé les dérives éthiques dans les campagnes de promotion des causes sociales.

De semblables thèmes, confinés à la périphérie de l’image que plusieurs se forment de la pratique scientifique, sont, en réalité, beaucoup plus centraux qu’on pourrait le penser. Par exemple, rappelle la professeure Aubin-Horth, l’écriture n’est pas une étape isolée des observations ou des expérimentations. «Écrire, ça permet de structurer sa pensée et ses idées. Ça permet de voir quel lien unit la variable A à la variable B. Les étudiants voient souvent l’écriture comme quelque chose qui arrive à la fin du processus. Or, elle est présente dès le début des travaux puisqu’elle est à la base même de la recherche scientifique», souligne-t-elle.

Nadia Aubin-Horth a déjà donné la conférence à quelques reprises, notamment dans d’autres universités. Si elle continue à la présenter, c’est qu’elle souhaite encourager les étudiants-chercheurs en sciences à accepter leur statut d’auteur et à en retirer une fierté. «La représentation qu’on a de soi, affirme-t-elle, affecte l’écriture. Si on se perçoit comme un écrivain, l’information livrée sera plus claire, plus affirmative sans tous ces « peut-être » et ces conditionnels.»

Par ailleurs, une grande partie de la communication de la professeure touche à la «recette» de la rédaction scientifique. Que faire devant une page blanche? Par quoi commencer? Pour mieux maîtriser le sujet, Nadia Aubin-Horth indique avoir consulté beaucoup d’ouvrages, mais ceux-ci, souvent publiés par des professeurs universitaires en communication, lui semblent parfois trop théoriques. Or, ce qu’elle désire communiquer aux étudiants, c’est l’aspect très pratique de la rédaction. Comment procéder pour écrire un article? À quoi ressemble le premier brouillon? Elle souhaite surtout les accompagner dans toutes les étapes de l’écriture. «Nous allons dans la tranchée ensemble», avoue-t-elle pour illustrer ses propos.

Ultimement, ce que la biologiste veut faire comprendre aux étudiants, c’est que le chercheur en sciences ne doit pas voir l’écriture seulement comme un outil pour communiquer ses découvertes à la société scientifique ou au grand public. Le scientifique peut, en effet, tirer des bénéfices tout personnels de notes griffonnées sur un bout de papier. «Les bienfaits purement égoïstes de l’écriture ne sont pas à négliger. S’obliger à écrire en enlevant volontairement de son discours tout le vocabulaire et le charabia scientifiques permet au chercher de clarifier sa démarche», remarque celle qui n’a pas peur d’affirmer haut et fort son statut d’auteure. «Lorsque j’étais adolescente, raconte-t-elle, je voulais être écrivaine. Finalement, je suis devenue scientifique… et, par le fait même, aussi écrivaine!»


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Il fut un temps où il allait de soi que l’homme de sciences était homme de lettres. Par exemple, le comte de Buffon, naturaliste français qui a publié entre 1749 et 1804 une série de volumes intitulée Histoire naturelle, était perçu à son époque comme un écrivain.

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«Écrire n'est pas un geste étranger à la science, remarque la professeure Nadia Aubin-Horth. C'est une partie intégrante du processus de recherche.»

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