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Volume 42, numéro 29 | 19 avril 2007

À la une

Sous la surface des choses

Une méthode d’imagerie infrarouge se révèle efficace pour détecter la présence de mosaïques sous un revêtement de plâtre

Par Jean Hamann

La conservation des biens culturels pourrait grandement bénéficier de l’apport de la thermographie infrarouge, estiment le professeur Xavier Maldague et le stagiaire post-doctoral Clemente Ibarra-Castanedo, du Département de génie électrique et de génie informatique. Les deux chercheurs et leurs collègues grecs Nikolas Avdelidis et Maria Koui en apportent d’ailleurs une preuve supplémentaire dans un récent numéro de la revue Infrared Physics and Technology alors qu’ils démontrent qu’il est possible, grâce à cette technologie, de détecter la présence de mosaïques sous une couche de plâtre.

Au fil des ans et au gré des modes, de nombreuses mosaïques intégrées à l’architecture des bâtiments ont été recouvertes de plâtre ou d’autres matériaux. Les efforts pour retrouver et conserver intégralement ces trésors se butent  à un problème pratique: comment savoir ce qui se cache sous un revêtement sans risquer de détruire ce qui pourrait se trouver dessous? Afin de tester l’efficacité de la thermographie infrarouge comme méthode d’analyse non destructive capable de relever pareil défi, les quatre chercheurs ont recouvert de petites mosaïques d’une couche de plâtre avant de les exposer à une source de chaleur pendant une heure. Ils ont ensuite pris des images infrarouges du montage expérimental tout au long de la phase de refroidissement. «L’énergie thermique se propage en fonction de ce qui se trouve immédiatement sous le plâtre, explique Xavier Maldague. S’il y a un métal comme l’or, souvent utilisé dans les mosaïques, l’énergie sera plus facilement transmise en profondeur, de sorte qu’à la surface, le plâtre sera plus froid.»

Les résultats obtenus en laboratoire sont probants. «Si les matériaux utilisés pour réaliser la mosaïque ont des propriétés thermiques différentes, la thermographie infrarouge peut les détecter. On ne distinguera pas les motifs qui sont faits de matériaux uniformes, mais si un personnage a une auréole d’or ou s’il y a des pièces de marbre à travers la terre cuite, on le verra distinctement», souligne le chercheur. Évidemment, il y a une épaisseur limite de plâtre au delà de laquelle la caméra infrarouge ne peut plus «voir». «La règle générale pour que l’objet soit détectable est qu’il ne doit pas se trouver à une profondeur qui excède son propre diamètre», précise-t-il.
   
La thermographie infrarouge a d’autres applications en conservation des mosaïques. L’équipe du professeur Avdelidis mène d’ailleurs un projet dont l’objectif est d’évaluer le taux d’humidité sous les mosaïques de la basilique Saint-Marc à Venise. «La thermographie infrarouge permet de déterminer s’il faut prendre des mesures pour conserver ces mosaïques avant que leur dégradation ne soit visible à l’oeil nu, explique Xavier Maldague. Contrairement aux autres méthodes qui imposent un carottage des oeuvres, la thermographie permet de savoir ce qui se passe sous les mosaïques sans les endommager.»

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La thermographie infrarouge est utilisée pour évaluer le taux d'humidité sous les mosaïques de la basilique Saint-Marc à Venise.

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