Imaginez devoir pratiquer des accouchements, soigner des malades et panser des blessures, tout cela sans eau courante ni électricité! Impensable? Ce sont pourtant les conditions dans lesquelles ont travaillé les infirmières de colonie. Au cours des années 1930, des centaines de femmes ont été embauchées par le gouvernement du Québec pour offrir des soins aux familles nouvellement établies dans des régions isolées. Jusqu’à l’abolition de leurs postes vers 1960, elles ont assuré une diversité de services, des accouchements aux petites chirurgies, en passant par la vaccination.

Le 22 février, à la bibliothèque Aliette-Marchand, l’historienne Johanne Daigle présentera une conférence sur le sujet. Coauteure de l’ouvrage Infirmières de colonie: soins et médicalisation dans les régions du Québec, 1932-1972, publié aux Presses de l’Université Laval, elle a été invitée par la Société d’histoire Les Rivières à venir raconter le quotidien de ces femmes courageuses. «Leurs conditions de travail étaient très difficiles. Certaines colonies présentaient des obstacles géographiques importants. Pour visiter leurs patients, les infirmières devaient traverser des rivières ou utiliser des routes normalement fermées durant l’hiver. Elles se déplaçaient en traîneau à chiens, en voiturette tirée par des bœufs ou même à pied dans plusieurs cas. Très peu avaient accès à un cheval, le ministère de la Colonisation refusant de payer pour cela», affirme la professeure au Département des sciences historiques.

Les infirmières de colonie logeaient, pour la plupart, dans un dispensaire octroyé par le gouvernement. Formées auprès de médecins et de religieuses, elles étaient bien au fait des connaissances médicales de l’époque. Sept jours sur sept, de nuit comme de jour, elles répondaient aux besoins de leur communauté. Si mener des accouchements représentait leur tâche principale, elles devaient parfois s’improviser dentistes pour soigner une carie ou arracher une dent. À défaut de la présence de médecins et de pharmaciens, elles remplissaient plusieurs autres tâches, comme faire des constats de décès ou distribuer des médicaments, qu’elles se procuraient en ville.

«Souvent, les infirmières jouaient le rôle de travailleuse sociale. Constatant l’immense pauvreté de leur colonie, elles convoquaient les pouvoirs publics afin que les gens obtiennent d’autres services. Évidemment, elles se sont occupées de cas difficiles, d’inceste entre autres», ajoute Johanne Daigle.

Pour les besoins de son livre, qu’elle signe avec Nicole Rousseau, professeure retraitée de la Faculté des sciences infirmières, elle a rencontré 48 anciennes infirmières et 15 personnes ayant bénéficié de leurs services. Si certaines ont pratiqué le métier pour des raisons financières, la plupart le faisaient par dévotion. Nourries par leurs aventures, elles étaient fières de participer à la colonisation du Québec. «Plusieurs nous ont assuré que si c’était à refaire, elles recommenceraient, en dépit de toutes les difficultés rencontrées, car elles se sentaient importantes dans leur communauté. Elles ont apporté une grande contribution, ce qu’elles n’auraient pu faire autrement», conclut la professeure.

La conférence de Johanne Daigle sera présentée le jeudi 22 février, à 19 h 30, à la salle Irénée-Lemieux de la bibliothèque Aliette-Marchand (243, boulevard Pierre-Bertrand). Plus d’information


 

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Blanche Pronovost est devenue, en 1936, la première infirmière de Villebois.
Photo: Collection Nicole Rousseau

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L’infirmière Mathilde Beaumier-Meunier voyageant en canot avec son chien vers la fin des années 1930.
Photo: Collection Nicole Rousseau

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L’infirmière Jeanne Levitre a travaillé à Natashquan de 1930 à 1939.
Photo: Collection Gilles Lapierre

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Des traîneaux tirés par des chevaux servaient au transport des colons. Sur cette photo, prise en 1933 à Laferté, de nouveaux arrivants descendent du train avec leurs biens.
Photo: BAnQ-Centre de Rouyn, Fonds Canadien National: 08-Y,P213,P221

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Les paroissiens de Sainte-Anne-de-Roquemaure, en Abitibi, en compagnie de leur curé après la messe, à l’été 1934.
Photo: Collection Société d’histoire de Roquemaure

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L’arrivée à la maison d’une famille de colons à Laferté, en 1933.
Photo: BAnQ-Centre de Rouyn, Fonds Canadien National: 08-Y,P213,P225