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Volume 49, numéro 24 | 20 mars 2014

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Sur la corde raide

Une étude lie le déséquilibre effort-reconnaissance au travail aux absences prolongées pour cause de santé mentale

Par Jean Hamann

On se doutait qu’un déséquilibre entre les efforts demandés à un travailleur et la reconnaissance de ses efforts mettait la table à une grande insatisfaction. Une étude du Groupe interdisciplinaire de recherche sur l’organisation et la santé au travail (GIROST), publiée dans la revue Occupational and Environmental Medicine, montre que ce déséquilibre peut même se traduire par une hausse de l’incidence des congés pour cause de santé mentale.

Ruth Ndjaboué, Chantal Brisson, Michel Vézina, Caty Blanchette et Renée Bourbonnais ont suivi, pendant neuf ans, 2086 cols blancs occupant un emploi dans la fonction publique. Durant cette période, les chercheurs ont invité les participants à remplir, à trois reprises, un questionnaire portant sur les efforts exigés par leur travail et la reconnaissance exprimée par leur employeur. La composante «effort» reflète la demande psychologique associée au poste. Quant à la composante «reconnaissance», elle se manifeste concrètement par des rétroactions positives venant des supérieurs ou encore par un rajustement de la rémunération, par la sécurité d’emploi ou par une promotion. Les données compilées par les chercheurs indiquent que 28% des répondants ressentaient un déséquilibre effort-reconnaissance au travail.

Par ailleurs, l’examen du dossier des employés a permis d’établir que 17% des femmes et 8% des hommes s’étaient absentés au moins une fois, pour une période de 5 jours ou plus, en raison d’un problème de santé mentale. Ces absences, de 96 jours en moyenne, étaient attestées par un médecin.
 
Les chercheurs ont ensuite bouclé la boucle en mettant en relation le déséquilibre effort-reconnaissance et les congés pour cause de santé mentale. Résultat? Le risque d’avoir une première absence pour cause de santé mentale est 38% plus élevé chez les travailleurs qui ressentent un déséquilibre effort-reconnaissance que chez ceux qui s’estiment justement traités.

Le manque de valorisation semble affecter davantage les hommes que les femmes. En effet, les travailleurs qui estiment recevoir une faible reconnaissance pour leur travail courent presque trois fois plus de risques s’absenter que ceux dont le travail est très valorisé. Chez les femmes, la hausse est de 24%, mais elle n’atteint pas le seuil de différence statistique. «Ça ne signifie pas que les femmes sont insensibles à cet aspect du travail, mais elles semblent composer différemment avec le manque de reconnaissance», souligne la doctorante en épidémiologie, Ruth Ndjaboué. L’explication pourrait venir du fait que, dans plusieurs contextes sociaux, notamment à la maison, les femmes sont habituées à recevoir moins de reconnaissance pour les tâches qu’elles accomplissent, avance-t-elle.

À la lumière de leur étude, les chercheurs estiment qu’une plus grande valorisation des efforts des travailleurs et une réduction du déséquilibre effort-reconnaissance pourraient réduire les problèmes de santé mentale et les pertes de productivité qui en découlent. «Il faut qu’employeurs et employés soient mis au courant qu’il s’agit là de facteurs de risque significatifs, souligne l’étudiante-chercheuse. Avoir conscience de l’existence d’un risque constitue la base dans le domaine de la prévention. Ensuite, pour réduire ces risques, il faut qu’il y ait une compensation objective et une reconnaissance humaine des efforts déployés par les travailleurs.»

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Le risque d'avoir une première absence pour cause de santé mentale est 38% plus élevé chez les travailleurs qui ressentent un déséquilibre effort-reconnaissance.

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