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Volume 47, numéro 23 | 8 mars 2012

Divers

Sur les traces de Louis Nicolas

Deux professeurs ont contribué de façon importante à un livre qui met en valeur deux documents anciens décrivant les peuples, les animaux et les végétaux de la Nouvelle-France

Par Yvon Larose

Que peuvent bien avoir en commun un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France et un corpus de 180 dessins tracés sur parchemin et conservés au Gilcrease Museum de Tulsa, en Oklahoma? Réponse: il s’agit de deux documents remarquables par leur envergure et pour la richesse de leur contenu, des œuvres réalisées à la fin du 17e siècle par le même auteur, le missionnaire jésuite français Louis Nicolas, dans le but de documenter la flore et la faune, ainsi que les peuples amérindiens de la Nouvelle-France.

Il y a quelques mois, l’historien d’art François-Marc Gagnon faisait paraître aux Presses universitaires McGill-Queen’s un ouvrage en langue anglaise et en langue française de 550 pages qui réunit, pour la première fois, le manuscrit et le corpus de dessins. Le premier document s’intitule Histoire naturelle des Indes occidentales. Le second a pour nom Codex canadensis. Le livre, rehaussé de centaines d’annotations en bas de pages rédigées par des experts, s’intitule The Codex Canadensis and the Writings of Louis Nicolas.

Réal Ouellet, professeur associé au Département des littératures, a modernisé le texte de l’Histoire naturelle des Indes occidentales parce que la graphie ancienne s’éloigne parfois considérablement du français d’aujourd’hui. Il a constitué le glossaire des mots français, environ 370, dont le sens a changé. Par exemple, chez Nicolas, «aucuns» veut souvent dire «quelques». «Louis Nicolas a beaucoup observé, indique Réal Ouellet. Il avait une solide formation de lettré. Son vocabulaire est à la fois évocateur, imagé et précis.»

15 peuples amérindiens
De 1664 à 1675, Louis Nicolas a voyagé de la Côte-Nord au lac Supérieur et de Trois-Rivières au sud du lac Ontario, en plus d’effectuer des séjours à Québec. Il a rédigé son Histoire naturelle une fois rentré en France. Il l’aurait vraisemblablement écrite à partir de certaines notes prises sur place, également de mémoire et en consultant des ouvrages sur la Nouvelle-France. Quant aux dessins du Codex, il les a faits à partir de gravures prises dans des livres.

Durant ses périples d’évangélisation, cet ethnologue et naturaliste avant la lettre a vécu parmi 15 peuples amérindiens. Dans son manuscrit, il se penche sur les moyens de subsistance des autochtones, leurs moyens de transport et leurs types d’habitations.

L’Histoire naturelle décrit plus de 200 végétaux: simples, fleurs, herbes, grains, fruits, arbrisseaux et arbres. «La description la plus pittoresque est la fabrication d’une gomme résineuse multifonctionnelle qui peut servir de résine pour calfeutrer les canots et qui agit aussi comme épilateur, car les Amérindiens sont soucieux de soumettre leur peau à l’épilation», explique Alain Asselin, professeur retraité du Département de phytologie et botaniste consultant du projet Codex canadensis. Selon lui, les Amérindiens extrayaient la résine du pin et la mélangeaient à du charbon pilé ou des cendres pour lui donner du corps.

Alain Asselin a validé les contenus relatifs aux végétaux. En tout, il a rédigé quelque 200 annotations. Selon lui, Louis Nicolas est un bon observateur, mais pas un homme de science. «La valeur de sa botanique, affirme-t-il, réside surtout dans le portrait d’ensemble des quelque 220 espèces qu’il mentionne. En soi, un tel inventaire de l’époque est informatif. Par exemple, il mentionne pour la première fois des espèces européennes envahissantes, comme le pissenlit. Il donne aussi des détails intéressants sur les plantes potagères et médicinales importées d’Europe. Il décrit en détail certaines utilisations de végétaux par les Amérindiens.»

Bibliothèque et Archives Canada tient une exposition virtuelle sur les dessins du Codex canadensis à l’adresse suivante: www.collectionscanada.gc.ca/codex/index-f.html

Gilcrease Museum

Cette page, l'une des plus belles du Codex, représente des oiseaux au plumage jaune, rouge ou bleu coloré par Louis Nicolas.

Photo: Gilcrease Museum

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