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Volume 49, numéro 9 | 31 octobre 2013

À la une

Top chrono et techno

Misant sur la séduction, le spectacle et le divertissement, les conférences TEDx proposent une façon plutôt originale de transmettre le savoir

Par Renée Larochelle

Une expérience exaltante. C’est ce qu’a vécu, seul, sur la scène du Théâtre Périscope, le 20 octobre dernier, le professeur au Département de géomatique, Stéphane Roche. Devant 100 personnes triées sur le volet et provenant de divers milieux, ce spécialiste des sciences de l’information géographique a prononcé une conférence sur le thème de la ville intelligente. Jusque-là, pas de quoi fouetter un chat, direz-vous. Sauf que Stéphane Roche ne disposait que de 18 minutes et pas une seconde de plus pour capter l’attention de son public et le faire vibrer sur un sujet complexe et pas trop captivant de prime abord: la spatialité ou l’ensemble des actions que les groupes ou les individus réalisent dans l’espace. Pas de période de questions, pas de lutrin derrière lequel se «protéger»: seulement trois écrans gigantesques défilant des images au fond de la scène avec le conférencier tout fin debout muni d’une télécommande: voici une conférence TEDx.

«Comme universitaire, on est plutôt habitué à parler devant une assistance homogène avec la possibilité de se référer à des notes», dit Stéphane Roche, dont les travaux font l’objet de publications et de conférences internationales. «Avec ce type de conférences, poursuit-il, il faut presque apprendre son texte par cœur, tout en ayant l’air d’improviser. C’est tout un défi à relever, mais c’est très motivant comme formule.» 

Fondé à Montery en Californie en 1984, le mouvement international TED (Technology, Entertainment and Design) est une organisation sans but lucratif visant à réunir des personnes influentes dans les domaines de la technologie, du divertissement et du design. Ailleurs dans le monde, les événements portent le nom TEDx, le «x» signifiant independently organized TED events. Le premier TEDx à s’être tenu en milieu universitaire a eu lieu le 8 novembre 2012 dans le grand amphithéâtre de l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, sur le thème «The New Age of Enlightment». Depuis, plusieurs conférences de ce genre ont eu lieu en Europe et en Amérique du Nord.

À Québec, ce type d’événement a eu lieu pour la première fois au Théâtre Périscope l’automne dernier. Sur les 35 projets de conférences proposés aux responsables de TEDx Québec, 9 ont été retenus, dont celui de Stéphane Roche. Car ne devient pas conférencier TED qui veut: il faut non seulement posséder son sujet à fond, mais il faut aussi être en mesure de transmettre ses connaissances dans les règles de l’art propres au genre. Les conférences sont ensuite diffusées sur le Web et peuvent donc être vues par des milliers d’internautes.

«Comme conférencier, on doit respecter un canevas bien précis en commençant par le récit d’une expérience personnelle. Puis, on enchaîne avec le sujet, le tout dans un temps très limité. La conférence doit être dynamique, avoir du punch. Les gens viennent là comme s’ils allaient au théâtre. C’est très différent de ce qui se passe dans une salle de cours!» En matière d’introduction, Stéphane Roche a raconté au public que, voyageant dans l’avion avec son jeune fils, celui-ci lui avait demandé pourquoi le livre de «géographie» que son père lisait (qui portait en fait sur la spatialité) ne comportait pas d’image. Il a ensuite devisé du concept de ville intelligente et donné des exemples de l’utilisation de données numériques et de leur intégration dans les actions quotidiennes. À la fin, le public a applaudi chaleureusement sa prestation.

Si plusieurs experts et chercheurs voient en cette formule un moyen original de partager des idées novatrices dans un cadre autre qu’universitaire, d’autres doutent que des savoirs compliqués puissent être transmis efficacement en plus ou moins 20 minutes. C’est le cas de Magali Uhl, professeure au Département de sociologie à l’UQAM. Venue donner une conférence sur le sujet lors d’un midi organisé récemment par le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT), Magali Uhl a parlé du danger que la formule dérape vers le vedettariat, au détriment des connaissances elles-mêmes.

«Je ne veux pas diaboliser les TEDx et affirmer que le savoir doit à tout prix être transmis dans un amphithéâtre universitaire durant trois heures, a indiqué la sociologue. Mais c’est l’aspect séduction qui m’inquiète. À cet égard, les TEDx doivent rester dans la catégorie du divertissement intelligent.» Stéphane Roche estime qu’il n’y a pas péril en la demeure. «Tant que la formule des TEDx demeurera un moyen parmi d’autres pour transmettre le savoir, il n’y a pas à s’inquiéter», indique-t-il.

Les prochaines conférences TEDx Québec auront lieu le 26 novembre au Théâtre Périscope sur le thème «Les nouvelles frontières». Pour en savoir davantage sur cet événement: www.tedxquebec.com

Daniel Lévesque

Comme les autres participants, Stéphane Roche disposait de 18 minutes pour capter l'attention du public et le faire vibrer sur un sujet complexe.

Photo: Daniel Lévesque

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