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Volume 53, numéro 14 | 11 janvier 2018

Actualités UL

Toujours le feu sacré

Après un demi-siècle au Département de génie chimique, le professeur Serge Kaliaguine n'a rien perdu de sa passion pour l'enseignement et la recherche

Par Yvon Larose

«Je n’ai pas dans l’idée de prendre ma retraite. La vieillesse a changé de signification. Aujourd’hui, vous avez beau avoir 60, 70, 75 ans, vous n’êtes pas fini. Il y a encore de l’énergie. Il y a encore des choses à faire.»

Dès le début de l’interview avec le journaliste du Fil, le professeur Serge Kaliaguine, du Département de génie chimique, tenait à mettre cartes sur table. «À mon âge, dit-il, je n’ai aucune espèce d’envie de modifier ma tâche de professeur-chercheur, ni même de ralentir mon rythme de travail. À titre d’exemple, depuis juin 2017, j’ai été membre de comités de soutenance pour une demi-douzaine de thèses de doctorat rédigées par mes étudiants. J’ai aussi corrigé plusieurs autres thèses.»

Les réalisations professionnelles du professeur Kaliaguine sont tout à fait remarquables. En 50 ans, il aura enseigné à quelque 1 200 étudiants au premier cycle. Comme directeur de recherche, il a dirigé une soixantaine d’étudiants au deuxième cycle et une cinquantaine d’autres au troisième cycle, ainsi qu’une cinquantaine de chercheurs postdoctoraux et associés de recherche. Chercheur on ne peut plus productif, il a signé près de 500 articles dans des revues scientifiques dotées d’un comité de lecture.

«La passion, pour un professeur d’université, je pense que c’est quelque chose d’indispensable, affirme-t-il. On ne peut rien accomplir de significatif sans la poussée intérieure qui donne envie de faire les choses.» Selon lui, former les ingénieurs chimiques de demain tout en repoussant les frontières de la connaissance représente «un métier magnifique».

Né en France, Serge Kaliaguine a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence en Afrique du Nord. «À 15 ans, souligne-t-il, je parlais l’arabe comme le français.» Ses études universitaires, il les a faites à Toulouse, en France, d’abord à l’Institut du génie chimique, ensuite à l’Université Paul-Sabatier. Sa soutenance de thèse a eu lieu au mois de juin 1967. Deux mois plus tard, grâce à un arrangement entre le directeur de l’Institut et celui du Département de génie chimique de l’Université Laval, il était engagé comme professeur, pour une durée de trois ans, par cette université. «L’idée d’essayer quelque chose de différent, pour moi, c’était très attrayant, raconte-t-il. Je verrai à l’essai, je verrai comment c’est. À cette époque, je n’avais jamais envisagé de devenir professeur. Ce n’était pas du tout dans mes objectifs. C’est seulement quand j’ai commencé à le faire que ça s’est mis à me plaire. Tout d’un coup, c’était bien.»

Durant sa longue carrière de chercheur, le professeur Kaliaguine s’est principalement intéressé aux catalyseurs industriels et aux procédés catalytiques, de même qu’aux membranes à matrice mixte pour séparations en phase gazeuse. Au fil des décennies, les publications de ce scientifique réputé ont été citées à plus de 21 700 reprises par des chercheurs du monde entier.

«Ce qui m’intéresse, explique-t-il, est l’application concrète de notions à la chimie des surfaces. Le développement de catalyseurs solides, dont il faut contrôler les propriétés de surface, était ma spécialité au départ. Cela peut paraître être une chose « bénigne », mais c’est une chimie en soi avec un potentiel à l’infini de développements techniques.»

En quelques mots, le travail sur une membrane à matrice mixte consiste à introduire dans un film de polymère une population de petites particules choisies pour leur capacité à modifier les propriétés de la membrane du film en question. Un élément critique est le contact entre la particule et le polymère, que le chercheur doit arriver à contrôler. Il doit aussi pouvoir voir tous les nombreux et différents types de défauts qui peuvent se produire sur l’interface entre la particule et le polymère. «Tout ça, ajoute Serge Kaliaguine, fait un ensemble de concepts avec lesquels il faut jouer en même temps pour arriver à obtenir quelque chose qui va fonctionner correctement.»

Le professeur a été titulaire d’une chaire industrielle du CRSNG sur les nanomatériaux industriels. Il travaille actuellement à un nouveau projet de chaire qui développerait des monomères. «Ces monomères, précise-t-il, remplaceraient, à partir de matériaux naturels, trois sortes de polymères produits à très grande échelle: les résines époxy, les polycarbonates et les polyuréthanes.»

Le chercheur a également fait quelques incursions dans le monde entrepreneurial, ayant été associé au lancement de trois entreprises technologiques. Les brevets qu’il détient ont notamment contribué au démarrage de SiliCycle. Lancée en 1995, cette société de chimie fine de Québec se spécialise dans les produits à base de gel de silice pour les marchés de la chimie analytique et organique ainsi que de la chromatographie.

Le professeur Kaliaguine a tout du citoyen du monde. Son aventure, comme il le dit, a pour base sa vie en Afrique du Nord et ses études en France. Au fil des ans, il a enseigné dans l’une des meilleures universités chinoises. Il se rend régulièrement au Mexique pour son travail. Il a été membre du comité directeur d’un institut de recherche en Australie. Il a aussi des contacts réguliers avec des pays comme la France, la Chine et l’Arabie saoudite. Et ce lien fort avec l’international ne s’arrête pas là. «Au Département, explique-t-il, on finit, au bout de quelques années, par avoir toute la planète représentée par nos étudiants aux cycles supérieurs. Comme la relation entre le professeur et l’étudiant amène un contact assez quotidien, on finit par connaître les gens, à comprendre comment ils sont à la fois différents et pareils.»

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Selon Serge Kaliaguine, former les ingénieurs chimiques de demain tout en repoussant les frontières de la connaissance représente «un métier magnifique».

Photo: Marc Robitaille

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