Des émissions culinaires télévisées qui font fureur. Des livres de recettes de cuisine qui se vendent autant que des dictionnaires. La prolifération de jardins communautaires, sans oublier l’expansion du phénomène de l’agriculture urbaine. Jamais, pourrait-on dire, on n’a autant parlé d’alimentation au Québec qu’aujourd’hui!

Dans ce contexte, le lancement de l’exposition «Manger ensemble!», qui avait lieu le 17 septembre au Musée de la civilisation de Québec, ne pouvait mieux tomber. Cette réalisation dynamique et interactive, qui n’existe qu’en réalité virtuelle, est hébergée par le site Web du Musée (www.mcq.org/mangerensemble).

«Manger ensemble!» est le fruit d’un partenariat entre la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l’Université Laval, du Musée virtuel du Canada, du Musée de la civilisation et de la firme de haute technologie IdéeClic. Le projet a nécessité un investissement de près de 350 000$. «La Chaire a proposé le concept de l’exposition et réalisé les contenus textuels et audiovisuels, explique le professeur d’ethnologie et d’histoire Laurier Turgeon, titulaire de la chaire. Le Musée a fait la coordination et la réalisation du projet et IdéeClic, la production technologique de l’exposition.»

L’exposition présente des éléments matériels et immatériels du patrimoine alimentaire du Québec tel qu’il s’est développé au fil des siècles. Selon le professeur, le patrimoine alimentaire se construit par la transmission, de génération en génération, de produits et de recettes de sa propre culture ainsi que par des emprunts faits à d’autres cultures. «Il permet aussi de forger un sentiment d’appartenance fort à un groupe ou à un territoire», indique-t-il.

Les textes s’appuient sur quelque 300 photos. Certaines, récentes, montrent environ 70 objets provenant de la collection du Musée de la civilisation. La vidéo occupe une place prépondérante dans cette exposition. Chaque clip dure deux minutes, afin de respecter la dynamique de la navigation Web. Cinq experts de divers domaines interprètent à leur manière l’alimentation et le patrimoine alimentaire. Et neuf familles québécoises, la plupart issues des communautés culturelles, de même qu’une famille franco-manitobaine, sont en vedette dans des fêtes culturelles où la nourriture joue un rôle central.

Une vidéo montre notamment une famille musulmane de Montréal, les Bouidi, après le jeûne quotidien du ramadan. À Saint-Boniface-de-Shawinigan, les Dufour, famille québécoise de souche, font les choses en grand à Noël: quatre générations préparent un repas grandiose comprenant jusqu’à 30 desserts! La fête de Pâques, elle, est célébrée par une famille anglophone de Québec, les Meredith. On assiste à la préparation collective de la tarte au mincemeat.

Au temps de la Nouvelle-France, les colons intègrent à leur alimentation certains des aliments consommés par les Amérindiens. On peut penser au maïs, à la courge et au sirop d’érable, qui sont encore consommés aujourd’hui. Pour leur part, les Français introduisent, entre autres, le jambon et le lait, le blé et l’orge, le pois et la carotte. Sous le Régime anglais, les desserts deviennent populaires, ainsi que la pomme de terre et le fromage cheddar. Un changement majeur: le repas du midi devient plus léger. Il est souvent composé de soupes et de sandwiches. En revanche, les œufs, bacon et gruau font leur apparition au déjeuner. Au 19e siècle, l’industrialisation offre des aliments prêts-à-manger, comme les soupes en conserve et les pâtes alimentaires séchées. Après la Seconde Guerre mondiale, on assiste à l’apparition du surgelé, des plats préparés et de la restauration rapide. Aujourd’hui, les habitudes alimentaires des Québécois font une place importante à la cuisine internationale.

«Manger ensemble!» rappelle que le journal Le Devoir avait tenté, il y a quelques années, d’identifier le plat national des Québécois. Le pâté chinois avait remporté la mise, devant le ragoût de pattes, la tourtière et le bouilli. Une section de l’exposition aborde la question des spécialités régionales. La journaliste Hélène Raymond souligne, dans une vidéo, que la création de telles spécialités ne date pas d’hier. Selon elle, savoir d’où vient ce qu’on mange ajoute au plaisir de manger. «Devant une alimentation industrialisée et mondialisée, poursuit-elle, de plus en plus de gens cherchent des aliments qui expriment la nature, les savoir-faire et les paysages d’ici. 
On cherche alors ce qui pousse ou grandit dans nos champs, rivières ou forêts: bleuets du Lac-Saint-Jean, homard de la Gaspésie, agneau de Charlevoix.»

Pour enrichir le contenu de l’exposition, les visiteurs ont la possibilité de soumettre des témoignages écrits, des photos et des vidéos. Un programme éducatif complémentaire est également offert aux enseignants du primaire et du secondaire.

Selon Laurier Turgeon, on observe, chez les Québécois, une volonté assez forte de manger local et en même temps de manger exotique. «Les gens d’aujourd’hui veulent être citoyens du monde et aussi avoir des racines, dit-il. Par exemple, ils peuvent être attirés par les fromages artisanaux de Portneuf et les kiwis de Nouvelle-Zélande. D’une part, le sushi et le couscous. D’autre part, le cidre de glace et les bières de microbrasseries.»