Le parcours d’auteure grand public de Margarida Romero est lié, deux fois plutôt qu’une, au parcours du Métrobus 800. En effet, c’est au cours de ses déplacements quotidiens sur ce circuit qu’elle a couché sur papier l’ébauche de son ouvrage Vibot le robot. «Pendant que ma fille faisait ses dessins, je m’amusais, de mon côté à faire les premières planches du livre, en sachant bien qu’elles risquaient de finir dans le tiroir des idées jamais réalisées», raconte la professeure de la Faculté des sciences de l’éducation. Heureux hasard, c’est également dans cet autobus qu’elle a déniché un éditeur. «J’ai croisé Olivia Wu, une connaissance qui travaille dans le monde de l’édition, et au cours d’une conversation comme celles que l’on a dans les autobus, je lui ai parlé de mon idée de publier un conte pour initier petits et grands à la programmation et à la robotique. J’espérais qu’elle puisse me donner quelques conseils pour trouver un éditeur. Elle m’a répondu que son employeur, Les Publications du Québec, pourrait bien y voir un intérêt. Une semaine plus tard, on se rencontrait et l’affaire était conclue.»

Il s’est écoulé moins d’un an depuis et la professeure a maintenant la certitude que Vibot le robot ne restera pas dans un tiroir puisque l’ouvrage est déjà en vente depuis quelques jours, en format numérique, en français et en anglais, sur le site des Publications du Québec et qu’il sera en librairie d’ici la fin avril. Les esquisses de la professeure Romero ont été remplacées par les dessins de l’illustratrice professionnelle Loufane (Stephanie Frippiat), mais la trame de l’histoire est restée la même. Les jumeaux Viviane et Victor reçoivent un robot en cadeau d’anniversaire. Pour jouer avec lui, ils doivent apprendre la langue des robots, la programmation. Leur mamie Ada – un clin d’oeil à Ada Lovelace, une pionnière de l’informatique – les guide dans cette aventure. «Le livre est destiné principalement aux enfants, mais aussi aux enseignants, aux parents et même aux grands-parents, qui pourraient les accompagner dans cette découverte de la programmation et de la robotique, précise la professeure Romero. Il se peut fort bien que ce soit les jeunes qui fassent découvrir des choses aux plus vieux!»

C’est en discutant avec des enseignants que la professeure Romero a senti qu’il existait un besoin pour un tel ouvrage. «J’ai constaté que plusieurs avaient une fausse image de la programmation. Ils avaient l’impression que c’était resté très complexe comme à l’époque où ils apprenaient le Fortran, le Pascal ou le COBOL. Mon livre a pour but de démystifier cette idée.» Vibot communique par l’entremise de Scratch, une plateforme d’apprentissage à la programmation conçue au Massachusetts Institute of Technology pour le développement d’animations et de jeux, mais qui peut aussi servir en robotique. Il s’agit d’un langage visuel, disponible dans une vingtaine de langues dont le français, qui se présente sous forme de blocs de code pouvant être assemblés comme les morceaux d’un casse-tête. Il initie les usagers à certains concepts de programmation, notamment les variables, les boucles et les tests. Distribué gratuitement sur Internet, ce logiciel compte plus de 11 millions d’usagers de tous âges, même s’il s’adresse surtout aux plus jeunes. «Des compagnies comme Lego fabriquent des composantes intelligentes qui fonctionnent avec Scratch, souligne la professeure. Les programmes développés avec ce logiciel peuvent donc servir à commander les composantes mécaniques de robots éducatifs construits par les enfants.»

À titre de chercheuse en technologie éducative, Margarida Romero s’intéresse aux technologies éducatives dans l’enseignement formel et informel, avec un intérêt particulier pour les apprentissages collaboratifs. «La rédaction de ce livre grand public m’a permis de faire atterrir des idées sur du concret, constate-t-elle. Mes parents m’ont dit qu’ils étaient heureux que j’écrive cet ouvrage parce qu’ils allaient enfin comprendre ce que je fais!» La professeure espère également que Vibot le robot suscitera une réflexion sur l’importance du développement des compétences du 21e siècle. «En Europe, 12 pays ont déjà introduit l’enseignement de la programmation à l’école primaire, parfois même dès la maternelle. L’école apprend maintenant aux enfants à lire, à écrire, à compter et à programmer. C’est un mouvement mondial qui va bientôt nous atteindre.»