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Volume 53, numéro 29 | 14 juin 2018

Vie étudiante

La trace durable de l’éphémère

Cet été, plusieurs étudiants égayeront des lieux de la ville grâce à des œuvres d'architecture éphémère

Par Manon Plante

Peut-on changer les mentalités en un été? L’intervalle est court, mais il faut bien commencer quelque part. Les étudiants derrière le SPOT osent croire qu’ils peuvent, à l’aide d’un projet éphémère, entraîner des changements concrets à long terme.

Depuis quatre ans, le projet SPOT (pour Sympathique place ouverte à tous) vise, par l’aménagement d’une place publique éphémère, la réappropriation et la valorisation d’un lieu délaissé. «Cette année, le comité souhaitait revitaliser un bâtiment patrimonial. Il a donc rapidement pensé à donner une seconde vie à une église abandonnée», explique Isabelle Jobin, étudiante au baccalauréat en architecture et co-coordonnatrice générale du SPOT.

Mis au courant de ce projet, Espaces d’initiatives, un organisme qui travaille depuis 2015 à la requalification de l’église St-Charles de Limoilou, a proposé aux étudiants d’animer l’espace extérieur autour de cet ancien lieu de culte. Pour l’été 2018, le SPOT s’installe donc sur le parvis de cette église ainsi que dans le parc du Couvent des Capucins et il devient «le Sympathique parvis ouvert à tous».

«Notre projet, remarque Cynthia Gauthier, étudiante au 1er cycle en administration et coordonnatrice marketing du SPOT, se veut une initiative de développement durable (DD). Nous avons d’ailleurs gagné une bourse au concours Imagine que de la Fondation Knollenberg, qui permet d’implanter un projet qui contribue au DD. Nous avons bien sûr comme prétention d’être un événement écoresponsable, mais notre engagement ne s’arrête pas là. On œuvre surtout au recyclage d’espace.»

L’église, ce bâtiment autrefois témoin des grandes étapes de la vie (baptême, mariage, funérailles), a une forte symbolique sociale. Non seulement son parvis faisait-il office de lieu de rassemblement, mais elle était également géographiquement au centre d’une communauté (village ou quartier). Dans leur installation éphémère, les étudiants, qui souhaitent «rajeunir le concept d’église tout en le respectant», entendent donc réactualiser la sociabilité rattachée à ce lieu. «La thématique de l’église est reprise partout dans les installations, affirme Alexandre Major, étudiant à la maîtrise en architecture et coordonnateur opération du SPOT. Parfois le lien est plus poétique, parfois il est plus architectural, mais il sert toujours de fil conducteur à notre espace destiné à réunir les gens. L’église retrouve ainsi sa vocation sociale.»

En effet, le SPOT n’est pas qu’un lieu accueillant une installation architecturale esthétique et amusante, il est véritablement une plateforme de diffusion culturelle et communautaire ayant pour but de stimuler la vie de quartier. Le SPOT offrira donc 40 jours d’activités gratuites et variées, comme des soirées dansantes, des rencontres d’improvisation, des séances de yoga, des prestations musicales, des circuits de vélo, des ateliers de jardinage et des conférences sur différents thèmes. Le samedi 16 juin se tiendra la soirée d’ouverture où seront présentés le spectacle «Destination Chanson Fleuve», produit par Petite-Vallée, et de l’animation musicale assurée par Funk Connection.

Quoique l’équipe derrière le SPOT puisse compter, pour l’épauler dans la réalisation de sa place éphémère, sur quelques partenaires (neuf firmes d’architecture ou de design, l’artiste Jean-Pierre Morin, la Ville de Québec, Première Ovation – Patrimoine, des commerçants du quartier Limoilou et Espaces d’initiatives, pour n’en nommer que quelques-uns), il n’en demeure pas moins que cette initiative est entièrement gérée par des étudiants de l’Université Laval. «Cette activité parascolaire exige énormément de temps, mais on en retire tellement de connaissances et d’expérience! C’est vraiment enrichissant de travailler sur un projet aussi gros, qui acquiert de la notoriété d’année en année. À titre d’exemple, nous avons maintenant plus de 14 000 abonnés Facebook», déclare Isabelle Jobin avant d’ajouter que l’été dernier – pendant lequel elle s’était aussi complètement consacrée au succès du SPOT –  a été le plus beau de toute sa vie. En compagnie de Cynthia Gauthier et d’Alexandre Major, elle lance d’ailleurs ce message aux étudiants de l’Université: «La communauté étudiante peut faire de grandes choses et avoir une véritable influence sur la société. Osez!»

Deux autres groupes d’étudiants travaillent cet été à la réalisation d’installations éphémères, cette fois-ci dans le cadre de l’événement Passages insolites. La première équipe est formée des étudiants à la maîtrise en architecture Francis Gaignard, Sandrine Gaulin et Gabriel Lemelin, alors que la seconde équipe comprend les étudiants au baccalauréat en architecture Léanne Bolduc, Philippe Champagne, Francis Lavoie, Antoine Michel et Karine Taillon. Ce dernier groupe, qui peaufine une installation sur le thème «Futur conditionnel» invite la communauté universitaire à visiter son œuvre sur la terrasse du restaurant Laurie Raphaël. «Je ne peux rien révéler de notre installation, explique Antoine Michel, puisqu’elle doit rester secrète jusqu’au lancement des Passages insolites. Par contre, je peux dire que l’équipe a beaucoup de plaisir à produire une œuvre d’architecture éphémère. Cette forme d’architecture permet une plus grande liberté, car, n’étant pas destinée à s’ancrer longtemps dans un lieu, on peut se permettre de choquer ou de déplaire. L’important, c’est de marquer l’imaginaire. Ce n’est pas parce qu’une installation est éphémère qu’elle ne peut pas avoir de répercussion à long terme.»

Le SPOT

Les Passages insolites

  • Les Passages insolites seront accessibles du 28 juin au 14 octobre.
  • Site officiel
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Située dans les jardins de l'église, la scène éclatée et modulable permet une multitude d'emplois. Les murs en périphérie de la scène et ceux composant la toiture se décomposent en éléments offrant des degrés d'opacité variés, laissant place à des jeux d'ombre et de lumière.

Photo : SPOT

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Les installations du resto-bar Y'a du monde à messe! évoquent des espaces intérieurs de l'église, tels la nef, le chœur et le confessionnal. Recréés à l'extérieur pour côtoyer le parvis, ces espaces créent des ambiances propices à la socialisation.

Photo : SPOT

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Reliant la scène et le resto-bar, une succession de kiosques, telles les perles d'un chapelet, accueillent les marchands et les promeneurs du quartier.

Photo: SPOT

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