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Volume 53, numéro 2 | 7 septembre 2017

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Travailler après 65 ans

Une étude récente conclut que le vieillissement de la population au Québec ne devrait pas avoir d’effet négatif sur l’emploi

Par Yvon Larose

Au cours des 20 prochaines années, au Québec, en dépit du vieillissement graduel de la population et des départs massifs à la retraite des baby-boomers, les taux d’emploi pourraient non pas baisser, mais croître en moyenne de 0,2% à 0,3% par an. Cette projection assez surprenante et plutôt optimiste vient conclure une étude récente menée par une équipe de chercheurs affiliés pour la plupart à la Chaire de recherche Industrielle Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques. En décembre 2016, l’étude a paru dans Analyse de politiques (Canadian Public Policy), la revue de l’Association canadienne d’économique. En juin dernier, cet article terminait deuxième dans le processus d’attribution du prix Vanderkamp 2017 décerné par l’Association.

«La tendance lourde au vieillissement de la population en inquiète plus d’un vu la pression que ce phénomène exerce sur les régimes de retraite, l’évolution de l’emploi et le coût du système de santé, explique le doctorant en économique Steeve Marchand, l’un des coauteurs de l’article. Avant les années 2000, on pensait que l’emploi diminuerait à la suite des départs massifs à la retraite des travailleurs nés après la Seconde Guerre mondiale. Or, nous assistons à un renversement de situation, du moins chez les travailleurs scolarisés, depuis les années 2000. Ils sont de plus en plus nombreux à demeurer en emploi après 60 ans.»

Les chercheurs ont découvert que les travailleurs plus instruits représenteront la planche de salut du marché du travail dans l’avenir. Ceux-ci entrent sur le marché du travail plus tard que les travailleurs manuels. Ils bénéficient d’un mieux-être économique et, comme les travailleurs québécois dans l’ensemble, ils vivent plus longtemps que jamais auparavant grâce à un meilleur état de santé. «Environ le quart des Québécois d’aujourd’hui âgés entre 55 et 64 ans possèdent un diplôme universitaire, indique Steeve Marchand. Dans 20 ans, cette proportion sera de 36% chez les 35 à 44 ans d’aujourd’hui. Comme les travailleurs plus instruits ont tendance à prolonger leur fin de carrière plus longtemps, cette tendance devrait avoir des effets importants sur le marché du travail.»

À l’aide d’un modèle de microsimulation dynamique, les chercheurs ont créé des projections probables des tendances dans l’emploi au Québec sur quelques décennies à venir. Pour cela, ils ont eu recours à des données tirées de sondages sur l’emploi, l’âge, le niveau d’instruction et l’évolution économique des Québécois. Ils ont reproduit les simulations des douzaines de fois pour conclure que, contrairement aux prévisions alarmistes, on peut s’attendre à ce que les niveaux d’emploi connaissent une croissance soutenue au Québec d’ici à 2050. Au milieu du siècle, l’emploi chez les plus âgés correspondra alors aux taux actuels observés au Japon, en Suisse et en Norvège. Entre 2035 et 2050, le taux de croissance de l’emploi au Québec, en moyenne, pourrait même atteindre 0,4%.

Selon le chercheur, le marché du travail devra créer les conditions favorables pour la rétention optimale des travailleurs âgés. «Il existe des pistes de solution pas si compliquées lorsqu’on y pense, affirme-t-il. Les employeurs pourraient permettre le temps partiel et des horaires plus flexibles. Les gouvernements, eux, pourraient y aller d’incitations fiscales pour contrer les freins au travail pour les 65 ans et plus.»

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