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Volume 53, numéro 27 | 9 mai 2018

À la une

Trois nouvelles chaires Sentinelle Nord

Raoul-Marie Couture, Caroline Ménard et Gary Wong en sont les titulaires

Par Jean Hamann

Il y a quelques mois à peine, ils travaillaient à Oslo, à New York et à Pékin. Grâce à Sentinelle Nord, ils sont maintenant professeurs à l’Université Laval, où ils mettent leur expertise et leur enthousiasme au service de la formation d’étudiants et de l’avancement des connaissances qui aideront les populations nordiques à affronter les défis d’un monde en mutation. Raoul-Marie Couture, Caroline Ménard et Gary Wong sont les titulaires de trois nouvelles chaires de recherche Sentinelle Nord, dont le lancement officiel a eu lieu le 9 mai sur le campus.

Rappelons qu’il y a trois ans, l’Université Laval a décroché une subvention de 98 M$ du Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada pour son programme Sentinelle Nord. Ce projet oriente les forces de l’Université Laval en recherche nordique et en optique et photonique vers des objectifs communs: le développement de nouvelles technologies et leur utilisation pour améliorer la compréhension de l’environnement nordique et de ses répercussions sur l’être humain et sa santé. «La création de chaires de recherche est l’un des moyens mis de l’avant pour réaliser les objectifs de Sentinelle Nord, rappelle Martin Fortier, directeur général du programme. Le recrutement de nouveaux chercheurs, qui comptent parmi les plus accomplis et prometteurs dans leur domaine, permet d’enrichir l’expertise des équipes de Sentinelle Nord et de combler des besoins spécifiques.»

Raoul-Marie Couture était chercheur au Norwegian Institute for Water Research-NIVA, à Oslo, depuis 2013. Il s’est joint au Département de chimie, où il dirige la Chaire de recherche Sentinelle Nord en géochimie des milieux aquatiques. Les travaux du professeur Couture portent sur le carbone. «Le cycle de cet élément est au cœur des changements climatiques et c’est aussi le moteur des cycles des autres éléments comme le phosphore, l’azote, le soufre et certains contaminants trouvés dans le milieu aquatique, précise-t-il. C’est pourquoi il est essentiel de mieux le connaître.»

Le pergélisol des régions circumpolaires renferme environ 50% du carbone présent dans les sols de la planète. Sa fonte provoquée par le réchauffement climatique libère des quantités importantes de carbone qui sont entraînées vers les écosystèmes aquatiques où des microorganismes le transforment en CO2. «Nos travaux visent à déterminer le devenir de ce CO2, explique le professeur Couture. Nous voulons savoir quelle partie se retrouve dans les sédiments, quelle partie est entraînée vers l’océan et quelle partie se retrouve dans l’atmosphère où il crée une boucle de rétroaction qui accentue les changements climatiques.»

Ces informations serviront à améliorer les modèles de projections climatiques. «Nos travaux auraient pu être menés n’importe où dans le monde, mais c’est dans l’Arctique que les changements climatiques se produisent le plus rapidement et ce que nous allons apprendre là-bas pourra être transposé ailleurs sur la planète», ajoute-t-il.

Caroline Ménard a été recrutée alors qu’elle était en stage postdoctoral à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai, à New York. Elle s’est jointe à la Faculté de médecine et au Centre de recherche CERVO, où elle dirige la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur la neurobiologie du stress et de la résilience. La professeure Ménard s’intéresse à l’effet du stress chronique sur le développement de la dépression majeure.

Des travaux qu’elle a récemment publiés dans Nature Neuroscience établissent des liens entre le stress social chronique, la perméabilité de la barrière hématoencéphalique et l’apparition de symptômes de type dépressif. La chercheuse poursuivra sur cette lancée en étudiant les mécanismes biologiques impliqués dans la vulnérabilité au stress et dans la résilience. Les populations nordiques peuvent livrer des enseignements précieux à ce chapitre.

En effet, les habitants du Nord doivent composer avec les changements climatiques et avec des changements culturels importants, notamment sur le plan du régime alimentaire. Ces différents stress chroniques peuvent avoir des effets sur le cerveau, mais aussi sur le microbiome et sur le système immunitaire. «Nous voulons étudier la dynamique de ces éléments et tenter de comprendre comment ils peuvent contribuer au développement de la dépression et des troubles de l’humeur. Nous voulons aussi tenter de comprendre pourquoi certaines personnes résistent mieux à ces stress», précise la chercheuse.

Gary Wong était jusqu’à tout récemment stagiaire postdoctoral à l’Institut de microbiologie de l’Académie chinoise des sciences à Pékin. Il est maintenant à la Faculté de médecine et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, où il est titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l’influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord.

Ses recherches porteront sur les virus de l’influenza aviaire hautement pathogène, notamment le H5N8. Apparu dans des populations de volailles de Corée en janvier 2014, ce virus émergent est maintenant présent dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis où il cause des dommages dans les élevages de volailles et présente un risque pour la salubrité des aliments. «Il n’y a pas encore eu de transmission aux humains, mais comme on sait que ce virus peut muter rapidement, on ne peut pas écarter la possibilité qu’il saute la barrière des espèces et qu’il infecte des humains comme le font d’autres virus de sous-type H5», souligne Gary Wong.

La vitesse de propagation du H5N8 s’explique par le fait qu’il est transmissible aux oiseaux migrateurs comme les canards et les oies sauvages. Son passage de l’Asie vers l’Amérique du Nord s’est fait par la Béringie, ce qui indique qu’il a nécessairement dû passer par le Canada. Le professeur Wong mettra sur pied un réseau de surveillance de ce virus et des autres virus aviaires qui couvrira le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut et le nord du Québec. «La détection précoce des virus de grippe aviaire qui mettent en danger l’humain est importante pour assurer la santé publique», ajoute-t-il.

«Ces chaires ont un dénominateur commun: une préoccupation sincère pour les résidents du Nord, a commenté la rectrice Sophie D’Amours. Les trois titulaires ont accepté le défi fort complexe, mais stimulant, de mener plus loin nos recherches nordiques, en privilégiant l’apport de solutions, de connaissances, d’outils et d’expertises qui profiteront aux populations nordiques.»

Sentinelle Nord a réservé une enveloppe de 3 M$ pour la création de six chaires. La première, la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur les relations avec les sociétés inuit dirigée par Caroline Hervé, a été lancée en décembre dernier. Les deux dernières chaires seront pourvues prochainement.


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Les travaux de Raoul-Marie Couture portent sur le cycle du carbone, l’élément au cœur des changements climatiques, dans les milieux aquatiques du Nord.

Photo: Isabelle Laurion / CEN

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Les recherches de Caroline Ménard portent sur les mécanismes biologiques qui lient le stress chronique et la dépression majeure. Elle s’intéresse aussi aux facteurs qui contribuent à la résilience au stress.

Photo: Caroline Ménard

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Les travaux de Gary Wong permettront la mise sur pied d’un réseau de surveillance des virus de l’influenza transportés par les oiseaux migrateurs.

Photo: Isabeau Pratte / ArcticNet

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Photo : Jean Rodier

De gauche à droite: André Zaccarin, doyen de la Faculté des sciences et de génie, Raoul-Marie Couture, titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord en géochimie des milieux aquatiques, Eugénie Brouillet, vice-rectrice à la recherche, à la création et à l'innovation, Caroline Ménard, titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur la neurobiologie du stress et de la résilience, Sophie D'Amours, rectrice, Gary Wong, titulaire de la Chaire de recherche Sentinelle Nord sur le réseau de surveillance des virus de l'influenza chez les oiseaux migrateurs du Grand Nord, Martin Fortier, directeur général de Sentinelle Nord, et Julien Poitras, doyen de la Faculté de médecine.

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Photo: Lauren Kovac

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