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Volume 53, numéro 26 | 3 mai 2018

Société

Trois questions à Gérard Hervouet

Sur l'entente entre les deux Corées

Par Pascale Guéricolas

Les poignées de main et les discussions entre les présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in ravivent l’espoir d’un rapprochement entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Grand connaisseur de cette région du monde, Gérard Hervouet, professeur associé au Département de science politique, accueille la rencontre du 27 avril avec un optimisme prudent.

Pourquoi de nombreux analystes qualifient-ils cette rencontre d’historique?

Jamais encore un président de la Corée du Nord n’avait franchi le 38e parallèle, la ligne de démarcation entre les deux Corées. Les petits pas de danse, que les présidents Jae-in et Jong-un ont effectué au nord et au sud de cette frontière lors de leur rencontre du 27 avril, s’avèrent donc uniques. Cela dit, il y a déjà eu des rencontres entre des présidents sud-coréens et le père de Kim Jong-un en 2000, puis en 2007. À l’époque, l’actuel président Moon Jae-in était d’ailleurs directeur de cabinet du président sud-coréen. La déclaration de Panmunjom ressemble d’ailleurs beaucoup à celle en 8 points entre les deux pays, qu’il avait rédigée en 2007. Il y a 11 ans, la Corée du Nord prenait déjà l’engagement de geler sa production nucléaire et de détruire la cheminée de la centrale de Yongbyon, ce qui a été fait en 2008. J’ai l’impression que la rencontre de Pyongyang avait suscité encore plus d’espoir en matière de paix et de désengagement nucléaire de la Corée du Nord que celle qui a eu lieu ces derniers jours. Par la suite, pour respecter les accords, la Corée du Nord a exigé à de nombreuses reprises de se faire payer, notamment en matières premières, jusqu’à ce que la confiance s’effrite de part et d’autre.

Quels sont les éléments de la rencontre du 27 avril qui annoncent tout de même un apaisement des tensions dans la péninsule?

En tout premier lieu, les deux pays font la promesse qu’il n’y aura plus de guerre. La Corée du Nord et la Corée du Sud s’engagent aussi à accomplir une dénucléarisation totale, un terme très fort, en plaidant pour une péninsule coréenne non nucléaire. Il s’agit de phrases puissantes si elles témoignent d’une réelle volonté politique. Dans la déclaration, on évoque aussi le désarmement par étapes, ce qui inclut le nucléaire, en fonction de l’apaisement des tensions. On entre là dans un processus très complexe, car le nombre d’étapes, leur séquence, leur vitesse et le degré de confiance militaire restent encore à définir. Il existe cependant un élément intéressant: la possible visite du président Moon Jae-in à Pyongyang. Elle ajoute une certaine réciprocité dans la démarche diplomatique en cours. De plus, il ne faut pas oublier l’objectif d’organiser, le 15 août prochain, des réunions pour des familles séparées. Il s’agit d’un point très positif, même s’il n’a rien de nouveau, car c’est un élément émotionnellement très important pour la population dans un contexte de guerre civile qui perdure. La déclaration prévoit aussi la mise en place d’une unité de liaison permanente avec des hauts fonctionnaires dans l’ancienne zone industrielle intercoréenne de Kaesong, que les deux pays géraient conjointement jusqu’en février 2016.

Est-ce que ce rendez-vous constitue une victoire diplomatique pour le président Trump, qui se démarque par sa grande fermeté envers le régime de Pyongyang?

Il est probable que Donald Trump s’attribue le mérite de cette entente. C’est lui qui a poussé un grand nombre de pays à participer aux sanctions contre la Corée du Nord, des sanctions qui ont fait mal au régime. Il a su convaincre des États comme la Chine et la Russie à soutenir ces mesures. Or, même les Chinois les ont, en partie, respectées. Paradoxalement, sa personnalité complètement erratique a peut-être également joué un rôle positif. En effet, le président Trump déboussole tout le monde, y compris Kim Jong-un! Mais n’oublions pas que ses menaces envers la Corée du Nord sont maintenues. Il est entouré de faucons qui le poussent à adopter une politique très dure et à ne pas agir comme ses prédécesseurs, notamment Barack Obama. Donald Trump se montre très critique envers la politique de patience stratégique employée par son prédécesseur. De son côté, il a plutôt recours à une politique d’«impatience stratégique».  Le républicain Victor Cha, un universitaire d’origine sud-coréenne pressenti pour diriger l’ambassade américaine en Corée du Sud, a d’ailleurs refusé le poste, car il savait que les frappes ciblées en Corée du Nord promises par Donald Trump n’avaient rien d’un bluff

Gerard-Hervouet-credit-Louise-Leblanc

Photo: Louise Leblanc

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