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Volume 53, numéro 29 | 14 juin 2018

Société

Trois questions à Égide Royer

Sur les élèves en difficulté d'apprentissage

Par Pascale Guéricolas

Au Québec, 40% des élèves handicapés ou avec des troubles d’apprentissage quittent l’école sans diplôme d’études secondaires. Un rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, publié le 6 juin, analyse ce phénomène. On peut notamment y lire que le nombre d’élèves en difficulté d’apprentissage a augmenté de 72% en 15 ans, alors que la population scolaire décroît. Une situation que dénonce Égide Royer, spécialiste en réussite scolaire et professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation.

Le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx, a déclaré que plusieurs mesures déjà prises améliorent la situation des 200 000 élèves en difficulté. Qu’en pensez-vous?

Son plan d’action énonce plusieurs principes, mais il faut aller plus loin. D’une part, comme l’a constaté récemment le Conseil supérieur de l’éducation, le système d’éducation québécois est devenu le plus inégalitaire et le plus inéquitable au Canada. Les écoles privées, tout comme les projets particuliers de l’école publique orientés vers les sciences, les arts ou le sport, accueillent les élèves les plus forts. Les classes «ordinaires» se retrouvent avec une concentration très importante d’élèves en difficulté avec des besoins particuliers. Il faut que le ministre affirme que toutes les écoles au Québec ont l’obligation d’offrir des services à tous les jeunes. D’autre part, sa politique ne se prononce pas pour l’instant sur le fait que les services aux élèves dépendent des diagnostics qu’ils ont reçus. Plutôt que de venir en aide à Pierre ou Paul, le système traite l’élève selon un code correspondant à ses difficultés. Il faut donc attendre un diagnostic donné par un professionnel pour recevoir de l’aide. La taille des groupes dépend aussi de cette approche. Une classe ayant plusieurs élèves cotés en difficulté d’apprentissage comptera moins de jeunes. Pourtant, les méta-analyses ont montré qu’enlever une ou deux personnes dans une classe ne change rien à la réussite scolaire des élèves en difficulté. C’est l’un des mythes les plus tenaces en éducation.

Comment certaines écoles au Québec s’y prennent-elles pour favoriser la réussite scolaire?

On cite souvent, dans le réseau francophone, l’exemple de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, aux environs de Saint-Jérôme. Depuis 5 ans, elle a implanté un certain nombre de mesures qui ressemblent à celles en vigueur en Ontario. Le taux de diplomation au secondaire et, surtout, le taux de réussite à la fin du primaire ont considérablement augmenté dans les écoles de ce secteur. Ce sont 90% des élèves qui ont réussi leur test de français l’an dernier. Les enseignants interviennent beaucoup plus tôt en lecture pour éviter que les jeunes ne prennent du retard et pour aider à ce qu’ils deviennent rapidement de bons lecteurs. Dès la maternelle, les élèves associent le nom des lettres avec leur son afin de développer la conscience phonémique et d’être prêts à apprendre à lire en première année. Cette commission scolaire a aussi choisi de suivre l’ensemble des élèves et d’intervenir dès qu’un enfant montre des signes de difficulté d’apprentissage de la lecture ou de l’écriture. Les professeurs et les professionnels aident donc tous les jeunes, pas seulement ceux qui ont eu un diagnostic, et ils le font très tôt dans le cheminement scolaire.

Selon vous, qu’apporte de particulier ce rapport si on le compare aux nombreuses publications qui soulignent déjà les failles du système d’éducation au Québec?

C’est la première fois qu’on dispose d’un document aussi étoffé, qui donne un portrait extrêmement clair de la situation. En 15 ans seulement, le nombre d’élèves en difficulté au Québec a doublé, passant de 100 000 à 200 000. Pour que les choses changent, il faut que le gouvernement agisse. En Ontario, le premier ministre Dalton McGuinty a fait de l’éducation une priorité en 2003, en prenant des décisions en fonction des données de recherche. En 15 ans, le taux de diplomation au secondaire est passé de 68% à 86% dans cette province. Au Québec, au cours de la même période, ce taux a varié de 68% à 72%. J’espère que l’éducation va se retrouver au cœur des débats de la campagne électorale qui démarre. Les partis politiques ont beau débattre régulièrement de ce thème, ils hésitent à prendre des engagements précis dès que les élections approchent. Ils ont peur de perdre des votes. La CAQ, par exemple, se montre moins ferme sur la création d’un ordre professionnel des enseignants. Les libéraux, eux, sont moins en faveur de la maternelle à 4 ans, une proposition qui figurait pourtant dans leur programme.

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Photo: Marc Robitaille

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