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Volume 52, numéro 27 | 18 mai 2017

Société

Trois questions à Geneviève Cloutier

Sur les suites des inondations

Par Pascale Guéricolas

Les fortes précipitations du printemps et les quantités de neige reçues cet hiver expliquent en partie le débordement récent de plusieurs rivières et du fleuve Saint-Laurent. Plusieurs experts aimeraient qu’on saisisse l’occasion pour mieux réfléchir à la façon d’habiter le territoire. C’est le cas de Geneviève Cloutier, professeure à l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional (ÉSAD) et chercheuse au Centre de recherche en aménagement et développement.

Quelles leçons avaient été tirées des précédents épisodes de débordement des eaux au Québec, notamment dans la Vallée-du-Richelieu?

En 2005, la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables interdisait de reconstruire au même endroit les bâtiments détruits par des inondations. Cela concernait essentiellement des résidences ayant perdu la moitié de leur valeur ou devenues dangereuses à la suite de la montée des eaux. Or, en 2011, quelques semaines après l’épisode de crue de la rivière Richelieu, un décret adopté par le gouvernement de Jean Charest a nuancé cette interdiction. En vertu de ce décret, la reconstruction ou la rénovation de maisons situées dans une zone possiblement inondable a été autorisée, à condition de le faire dans un horizon de 2 à 20 ans. Par contre, toute nouvelle construction était proscrite. Pour le gouvernement de l’époque, l’intérêt public passait par un accommodement qui allait plaire aux sinistrés et qui pouvait être mis en place dans un délai rapide. Les pouvoirs publics ont quand même exigé certaines contraintes techniques visant à immuniser les constructions d’une autre montée des eaux. Par exemple, il fallait que les ouvertures, comme les portes, les garages et les fenêtres, ne puissent être atteintes par une montée des eaux inhabituelle, calculée sur la base d’une crue exceptionnelle survenant une fois par 100 ans.

Que faudrait-il faire dans l’avenir pour se protéger d’inondations comme celles qui ont eu lieu ce printemps dans des régions que l’on ne croyait pas à risque?

Il est certain que les changements dans les régimes climatiques et dans le volume des précipitations, ainsi que la hausse des températures, accentuent les risques d’inondation dans tous les milieux riverains. Lors de chaque épisode d’inondation – que ce soit en 2011 dans la Vallée-du-Richelieu, en 2012 près de la rivière Chaudière ou en 2014 à Saint-Raymond –, on prend conscience que les mises à jour des cartes font défaut. Les municipalités et les MRC manquent de ressources pour faire des relevés ou des cartographies tenant compte des risques relatifs aux nouveaux modèles climatiques. Par ailleurs, le principe de précaution, qui pourrait conduire à éviter certaines zones potentiellement inondables, semble beaucoup moins «sexy» que l’attrait des bords d’un lac, d’une rivière ou du fleuve. On a tendance à se dire que le risque d’inondation est peu élevé. Cela reste une menace assez invisible, comme le reste des effets des changements climatiques au Québec. Pour se prémunir contre les inondations, certains regardent vers des solutions techniques. À L’Ancienne-Lorette, par exemple, on parle d’un mur anti-inondations. Des collègues du Département de génie civil et de génie des eaux travaillent, eux, à Saint-Raymond sur des façons d’empêcher les embâcles de glace sur la rivière pour contrôler les inondations. Cependant, on pourrait aussi considérer une autre façon de faire, celle de construire ailleurs pour tenir compte du risque.

Les citoyens ont-ils un rôle à jouer pour mieux aménager le territoire?

Je crois beaucoup à l’apprentissage social. On pourrait utiliser davantage l’expérience des personnes qui ont déjà été touchées par des inondations. À Saint-Jean-sur-Richelieu, par exemple, les citoyens se sont mobilisés à la suite des inondations. L’association SOS Richelieu met désormais l’expérience de ses membres au service des autres grâce à un blogue et à un site Internet. Les utilisateurs y retrouvent des renseignements en matière de gestion de crise, de santé psychologique et de construction. La catastrophe de 2011 a véritablement permis la mise en place d’un réseau. Fait intéressant, le président de cette association est devenu le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu en 2013. Il est sensibilisé aux risques d’inondation et à l’importance de l’aménagement du territoire. Selon moi, il ne faudrait pas discuter collectivement des risques liés aux inondations seulement quand une crise survient. On doit prendre conscience que chaque dérogation accordée à un promoteur pour un projet immobilier peut avoir d’importantes conséquences plusieurs années plus tard.

Genevieve-Cloutier-credit-photo-personnelle
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