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Volume 52, numéro 12 | 1 décembre 2016

Société

Trois questions à Georges Beaudoin

Sur la pollution liée à l'exploitation minière

Par Pascale Guéricolas

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a annoncé, le 22 novembre, le versement d’une aide de 620 millions$ pour restaurer des sites miniers abandonnés. Cet investissement vise près de 500 sites d’exploration ou d’exploitation minière à travers la province. Le programme du gouvernement du Québec mise sur la restauration de 80% des sites abandonnés d’ici 2022. Georges Beaudoin, professeur au Département de géologie et de génie géologique, souligne le potentiel polluant de ces anciennes installations.

Quels sont les risques associés aux sites miniers abandonnés les plus importants pour l’environnement?

Il existe, à proximité des mines, des parcs à déchets pour les résidus miniers. Lorsque ces espaces de quelques hectares carrés sont asséchés, les vents dominants peuvent transporter les poussières des contaminants. Cependant, la plupart du temps, la pollution vient du drainage minier, car du liquide s’écoule de ces parcs. Les digues de confinement construites autour des parcs peuvent se briser ou tout simplement laisser échapper de l’eau. Certains de ces parcs à résidus contiennent des minéraux sulfurés. Il s’agit de résidus de roches, enfouies jusque-là sous terre, qui s’oxydent au contact de l’air à la surface et de l’eau des précipitations. Cette réaction chimique génère de l’acidité, ce qui rend les métaux lourds plus solubles. Il est alors aisé pour ces métaux de contaminer les cours d’eau environnants. Pour lutter contre ce phénomène, on peut construire des canaux de capture afin d’acheminer les liquides vers un site de traitement des eaux. L’eau provenant de la mine devrait également être pompée et traitée puisqu’elle peut non seulement contenir des résidus miniers, mais encore avoir été en contact avec des matériaux explosifs présents dans l’installation minière.

Comment agit-on  pour limiter la pollution et la dispersion des contaminants?

Les méthodes varient beaucoup selon les résidus miniers. Lorsque ces résidus s’oxydent en présence d’air et d’eau, les équipes de restauration des sites tentent de couper l’apport d’air. À une certaine époque, on inondait les parcs à résidus pour limiter cette réaction chimique. Avec le temps, on a réalisé que cela pouvait être dangereux. Aujourd’hui, les techniques se concentrent davantage sur la réduction d’air afin de limiter l’oxydation des sulfures. L’installation de membranes plus imperméables peut aider, mais ces membranes risquent d’être perforées, notamment avec les mouvements de terrain. Il faut donc trouver des solutions plus naturelles pour protéger ces sites le plus longtemps possible. Les équipes installent désormais des matériaux qui visent à réduire l’infiltration d’eau sur la surface des parcs à résidus. Ces barrières capillaires, composées notamment de couches de gravier intercalées avec du matériau fin, empêchent l’eau de remonter à la surface. Finalement, la plantation de végétaux participe à l’amélioration de l’environnement, à condition que les racines des arbres n’endommagent pas les fameuses barrières.

Quelles sont les recherches menées au Département de géologie et de génie géologique dans ce domaine?

John Molson, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’hydrogéologie quantitative des milieux poreux fissurés, travaille justement sur la modélisation de l’infiltration de l’eau dans les parcs à résidus et dans le sol. C’est très important d’observer comment les contaminants se dispersent sous la surface. Au Département, plusieurs recherches portent aussi sur la capture du gaz carbonique à partir des résidus miniers. C’est une technique particulièrement intéressante pour les gisements contenant du nickel. Il s’agit de provoquer une réaction entre l’air et les résidus miniers en présence d’eau. Les chercheurs amplifient ou accélèrent cette réaction en ajustant les paramètres, que ce soit en fournissant plus d’air ou de CO2. Les observations permettent de développer nos connaissances afin de mettre au point une technologie. On pourrait imaginer, par exemple, des cheminées facilitant la circulation de l’air ou un système de compresseurs poussant l’air dans les parcs à résidus miniers. Nous effectuons présentement des recherches sur un site d’essai de parc à Thetford Mines afin de mesurer en continu la teneur en CO2, la température et la pression interne dans un site de forage. Ces données vont nous permettre de comprendre quels paramètres contrôlent la capture du gaz carbonique dans les résidus miniers.

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Photo: Marc Robitaille

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