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Volume 54, numéro 1 | 30 août 2018

Société

Trois questions à Marie-Hélène Gagnon

Sur la fin de l'aide financière à la Grèce

Par Pascale Guéricolas

Après avoir reçu des prêts d’environ 380 milliards de dollars de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement grec n’est plus sous leur tutelle. Depuis le 20 août, il peut donc emprunter à nouveau pour relancer une économie encore moribonde après une cure d’austérité sans précédent. Retour sur l’effet des trois plans de sauvetage avec Marie-Hélène Gagnon, professeure au Département de finance, assurance et immobilier et directrice des programmes à l’Institut des hautes études internationales.

Pourquoi la Grèce se retrouve-t-elle au quatrième rang des pays les plus pauvres en Europe, alors que d’autres États qui ont aussi reçu l’aide de l’Union européenne s’en sortent mieux?

C’est vrai que l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et Chypre, qui ont également eu des plans de relance, semblent en meilleure santé financière que la Grèce. Cependant, il faut savoir qu’au départ, l’économie grecque faisait face à des problèmes structurels beaucoup plus importants que ceux de ces pays-là. Pendant longtemps, le gouvernement grec a trop dépensé, une situation encore accentuée par l’entrée dans la zone euro. La situation devenait insoutenable en raison du manque de revenus qui arrivaient. L’Irlande et l’Espagne faisaient face à d’autres difficultés. Essentiellement, les banques de ces pays ont eu besoin de liquidités pour affronter la crise immobilière et l’effondrement des prix dans ce secteur. Il fallait les aider pour qu’elles ne fassent pas défaut, mais le niveau d’endettement n’avait rien à voir avec celui de la Grèce. Pour régler leur problème, les Grecs ont dû réduire de manière draconienne leurs dépenses. Le produit intérieur brut (PIB) a ainsi chuté de 25% par rapport à son niveau d’avant la crise, ce qui a provoqué une augmentation de la pauvreté.

Finalement, pour les Grecs, est-ce que le jeu en valait la chandelle?

Il ne faut pas oublier que le plan de relance n’avait pas pour but d’améliorer la santé économique du pays, mais d’éviter que le pays ne fasse défaut. L’argent injecté devait donc permettre au gouvernement de pouvoir à nouveau avoir accès au marché international de l’emprunt et de baisser les coûts liés à la dette. Selon les agences de notation Fitch et Moody’s, le risque d’emprunt de ce pays paraît relativement faible jusqu’en 2022, soit à moyen terme. Au moins, les plans de relance semblent avoir permis de régler la question des dépenses trop élevées par rapport aux revenus. La Grèce doit cependant se plier à des mécanismes de surveillance sur les marchés financiers, ce qui semble bien perçu par les emprunteurs. Le Fonds monétaire international suggère même au gouvernement d’injecter davantage d’argent public dans l’économie, soit 1% du PIB, pour relancer la croissance. Cela fait très longtemps que je n’avais pas vu ce genre de recommandation de la part du FMI. La Grèce n’est donc plus sous respirateur artificiel. La stabilité politique semble également meilleure qu’il y a quelques années, même s’il doit y avoir des élections dans les prochains 18 mois.

Certains dénoncent les profits de plusieurs milliards de dollars réalisés par l’Allemagne et la Banque centrale européenne sur les emprunts consentis à la Grèce. Qu’en pensez-vous?

Rappelez-vous que, durant la crise, la Grèce présentait un risque d’investissement élevé. Du point de vue financier, les prêteurs doivent donc être rémunérés pour avoir osé lui prêter de l’argent. Par ailleurs, l’Union européenne a mis de l’eau dans son vin en matière d’emprunts. L’entente signée le 21 juin avec la Grèce prévoit notamment l’annulation de l’augmentation des taux d’intérêt sur la deuxième tranche de prêts. De plus, les profits réalisés par la Banque centrale européenne en 2014 sur les emprunts grecs vont être transférés au gouvernement de ce pays. Cela se fera sous forme de paiements tous les six mois jusqu’en 2022. Une autre mesure qui va contribuer à donner un peu d’air à l’économie, c’est l’étalement des prêts sur 10 ans supplémentaires, avec un taux d’intérêt identique. Ceci dit, pour que la croissance reprenne, il faut disposer d’un système bancaire fonctionnel. Actuellement, la moitié des emprunts consentis par les quatre plus grandes banques grecques sont considérés comme problématiques. Elles ont donc du mal à dégager des liquidités pour financer les investisseurs privés. À la suggestion du FMI, les banques ont pris un certain nombre de décisions pour n’avoir plus que 35% de mauvais prêts. Même s’il ne s’agit pas de mesures sociales, cela va aider à relancer l’économie et à faire baisser le chômage.

marie-helene-gagnon-credit-fsa.ulaval.ca
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