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Volume 53, numéro 13 | 7 décembre 2017

Société

Trois questions à Marie-Hélène Vandersmissen

Sur les déplacements des Canadiens

Par Pascale Guéricolas

Les difficultés de déplacement pour se rendre au travail occupent une place grandissante dans le discours public. Une bonne partie de la campagne électorale à Québec et à Montréal a d’ailleurs porté sur cet enjeu. À la lecture des résultats du dernier recensement de 2016, on apprend que le nombre d’utilisateurs des transports en commun a augmenté de près de 60% en 20 ans. Le nombre d’automobilistes se rendant au travail a, quant à lui, augmenté de 28%. Dans les deux cas, cette hausse est attribuable, en partie, à l’accroissement du nombre de travailleurs. Marie-Hélène Vandersmissen, professeure au Département de géographie et spécialiste de la mobilité quotidienne, analyse ces statistiques.

Quels sont les facteurs qui ont contribué à une plus grande utilisation des transports en commun?

Cette tendance peut être détectée depuis plusieurs années déjà, particulièrement dans les grandes villes. Il faut dire que Montréal, Toronto et Vancouver, entre autres, ont beaucoup investi dans le transport en commun. Elles offrent un réseau diversifié et multiple qui s’appuie non seulement sur le service d’autobus, mais aussi sur le métro – ou le SkyTrain à Vancouver, un métro aérien. Depuis 20 ans, des infrastructures comme des pistes cyclables ont aussi été implantées pour faciliter les déplacements en vélo. Ceci dit, il est assez difficile de mesurer le lien direct entre les investissements consentis par les pouvoirs publics et l’augmentation du nombre d’usagers de ces équipements. Le document publié par Statistique Canada ne permet pas de telles comparaisons, sans compter que le territoire étudié, les régions métropolitaines de recensement (RMR), évolue au fil des ans. En effet, de nouvelles villes s’ajoutent aux RMR lorsque la moitié de leur population active va travailler dans le noyau central. Cela témoigne d’une tendance à l’étalement urbain, un phénomène qui a commencé dès les années 50.

Les citoyens de la région de Québec ont l’impression que le phénomène de congestion routière ne cesse de prendre de l’ampleur. Qu’en est-il réellement?

En moyenne, les trajets en voiture entre le domicile et le lieu de travail prennent 21 minutes à Québec, comparativement à 30 minutes à Toronto et à 26,8 minutes à Montréal. Cela montre qu’il reste assez facile de se déplacer en automobile dans la région, malgré ce qu’on entend à la radio au moment des périodes de congestion. Par conséquent, cela n’incite peut-être pas les automobilistes à opter pour les transports en commun. Québec figure d’ailleurs au dernier rang, derrière Edmonton, pour l’utilisation de ce mode de déplacement dans le classement des villes où près d’un tiers de la population vit à l’extérieur de la ville-centre. Il s’agit d’un classement parmi cinq villes de grandeur comparable au Canada qui disposent d’au moins une structure de transport collectif. Dans la région de Québec, les ménages ont encore tendance à aller s’établir en périphérie, car les maisons y sont moins chères. Ils font le choix de s’établir loin de leur lieu de travail pour dépenser moins pour leur logement. Pourtant, une étude récente de nos collègues de l’Université Laval, François Des Rosiers et Marius Thériault, montre que les gens qui vivent à l’extérieur consacrent près de la moitié de cette prétendue économie à leurs frais de transport.

Dans ces conditions, comment convaincre les citoyens de laisser leur voiture à la maison pour se rendre au travail?

Il faut faire en sorte que le transport en commun devienne une solution concurrentielle en matière de durée de déplacement et de dessertes possibles. Le choix devient véritablement évident dans les villes où la congestion bloque la circulation, surtout si ces villes misent sur des autobus qui disposent de voies réservées ou sur des métros souterrains. À Québec, je pense qu’on devrait investir dans des infrastructures de transport collectif dès maintenant. On pourrait augmenter la capacité d’accueil des autobus, surtout sur les axes de déplacement très utilisés, comme les trajets Métrobus. Il pourrait aussi être intéressant de fournir davantage d’autobus express dans les banlieues assez denses, car cela fonctionne très bien. Si l’on n’agit pas, la proportion du transport qui s’effectue en autobus risque de stagner, voire de diminuer, en particulier chez les personnes qui habitent loin du centre. Ce phénomène pourrait encore s’aggraver si l’on décidait d’investir encore davantage dans le réseau routier. En effet, cela rend le transport collectif moins efficace et accroît finalement la congestion sur les routes. Or, les problèmes de circulation ont des coûts économiques directs. Si circuler devient trop difficile, les entreprises auront tendance à quitter la ville-centre pour s’établir à l’extérieur.

Marie-Helene-Vandersmissen-credit-ggr.ulaval.ca
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