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Volume , numéro | 4 décembre 2018

Société

Trois questions à Maripier Tremblay

Sur les transmissions de PME

Par Pascale Guéricolas

Selon une étude récente de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, 72% des propriétaires de PME envisagent de céder leur entreprise d’ici 10 ans. Cette proportion a bondi de 50% depuis 6 ans. Si cette tendance se maintient, un très important nombre d’entreprises vont donc changer de mains. Le problème, c’est que peu d’entrepreneurs préparent leur départ. Maripier Tremblay, professeure au Département de management et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement sur le développement de l’esprit d’entreprendre et de l’entrepreneuriat, se penche depuis longtemps sur ce phénomène.

Faut-il s’inquiéter des statistiques sur le possible départ des propriétaires de PME?

Effectivement, il s’agit de chiffres préoccupants, car il y a un risque que les entreprises soient reprises par des intérêts étrangers. Cela fait déjà une dizaine d’années que différentes études illustrent le vieillissement des dirigeants d’entreprises et leur désir de vendre leur PME d’ici 5 à 10 ans. En parallèle, il semble ne pas y avoir assez de relève pour les reprendre. Un certain nombre d’entreprises risquent de fusionner. D’autres vont fermer, et les concurrents vont se séparer leur clientèle. Pourtant, d’une manière générale, on constate un manque de planification de la relève. Souvent, les propriétaires d’entreprise n’ont pas préparé de scénario de sortie et ne savent pas à qui transmettre leur PME. C’est plutôt préoccupant, car le processus de transmission d’entreprise prend du temps. Parfois jusqu’à 10 ans. Il ne faut pas sous-estimer la difficulté de quitter une entreprise, en particulier si on l’a fondé. Cela constitue un sujet très émotif, qui revient pour certains entrepreneurs à planifier leur mort. Il y a donc une forme de déni dans ce domaine. Sans compter que beaucoup sous-estiment le temps nécessaire pour bien faire la transition, notamment quand on transfère l’entreprise à une autre personne. D’autant plus que le discours ambiant insiste surtout sur les aspects négatifs de la transmission d’entreprise.

Pourquoi met-on en avant cette approche?

On a peu éduqué nos entrepreneurs à concevoir leur départ comme une étape du processus entrepreneurial. En plus, ils manquent souvent de temps pour envisager l’avenir à plus long terme, car ils ont d’autres préoccupations. Si les enfants ne souhaitent pas reprendre l’entreprise, les chefs d’entreprise ne savent pas toujours comment trouver un repreneur. Voilà pourquoi des initiatives comme le Centre de transfert d’entreprises du Québec peuvent faciliter les choses. Cet organisme, créé il y a une dizaine d’années par le gouvernement québécois, fait le pont entre les cédants et les repreneurs, de façon neutre et transparente. Même si beaucoup de gens voudraient reprendre des entreprises, il n’est pas toujours facile de trouver le bon partenariat avec une PME. Il faut développer une relation de confiance, avoir une vision commune de l’entreprise. On doit aussi s’assurer de la capacité financière des repreneurs. En plus, le chef d’entreprise ne reçoit pas toujours l’ensemble de la valeur de la PME au moment de la transaction. Les versements se font fréquemment à partir des bénéfices de l’entreprise. Lorsque la transmission se déroule au sein de la famille, le chef d’entreprise a peut-être davantage confiance dans le repreneur que lorsqu’elle implique une tierce personne.

De quelle façon le gouvernement fédéral pourrait-il aider les entrepreneurs à passer la main?

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante souhaite depuis plusieurs années une révision des lois fiscales en matière de transmission d’entreprises. Il faut savoir que chaque contribuable au Canada dispose d’un montant global d’exonération fiscale sur ses gains en capital pour la durée de sa vie. Les entrepreneurs aimeraient donc augmenter cette somme pour ne pas être pénalisés lors de la vente de leur PME. N’oublions pas qu’une partie de l’argent qu’ils touchent du repreneur constitue leur fonds de pension. L’autre problème, c’est que la fiscalité actuelle pénalise davantage les propriétaires de PME qui vendent à leur famille plutôt qu’à une tierce personne. Une mesure prise pour éviter l’évasion fiscale. Les entrepreneurs demandent donc à être moins imposés. Autre option possible: fournir des modèles aux chefs d’entreprises et aux personnes qui aimeraient prendre la relève. Cela leur permettrait de comprendre comment leurs confrères ont procédé. Les entrepreneurs auraient aussi tout intérêt à écrire un plan de relève pour évaluer les différents scénarios de transmission de l’entreprise.

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