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Volume , numéro | 22 novembre 2018

Société

Trois questions à Rémy Lambert

Sur une nouvelle appellation pour le vin québécois

Par Pascale Guéricolas

Plus d’une centaine de producteurs de vin du Québec ont accès à une nouvelle appellation, mise en place par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. L’Indication géographique protégée ou IGP compte une centaine de critères, dont un test gustatif. Elle repose aussi sur l’utilisation exclusive de certains cépages. Rémy Lambert, professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation, estime qu’elle devrait favoriser une meilleure reconnaissance des vins d’ici. Le professeur a participé à la création de l’IGP, de même qu’aux appellations du maïs sucré de Neuville et du cidre de glace.

Quels avantages les viticulteurs québécois peuvent-ils retirer de l’appellation Indication géographique protégée ou IGP?

En premier lieu, il faut préciser que ce genre d’appellation a force de loi au Québec et qu’elle est reconnue sur les marchés internationaux. Par exemple, les producteurs de cidre de glace l’utilisent pour faire leur promotion à l’étranger, car elle atteste de la qualité du produit. Lorsqu’ils voient la mention IGP, les acheteurs savent que le contenu d’une bouteille répond à un cahier des charges rigoureux. Il s’agit d’une certification indépendante, délivrée par un organisme distinct des producteurs eux-mêmes. Désormais, les viticulteurs québécois pourront utiliser l’IGP pour prouver la qualité de leur vin sur la scène internationale. Cette appellation va aussi servir auprès des consommateurs québécois pour démontrer que le produit offert répond à des critères de qualité. Les restaurateurs québécois pourront, par exemple, expliquer à leurs clients que le vin d’ici bénéficie d’une appellation réservée. Les vins québécois se sont beaucoup améliorés depuis quelques années. Pour les producteurs, il s’agit maintenant de mettre en avant cette appellation. C’est le début de l’aventure.

Les consommateurs d’ici voient souvent l’appellation AOC sur les vins européens. Quelle est la différence avec l’IGP?

Il s’agit de deux appellations territoriales. L’AOC, ou appellation d’origine contrôlée, va cependant plus loin que l’IGP, car le producteur doit prouver les liens entre son produit et le terroir. Il peut s’agir, par exemple, de l’impact des caractéristiques physio-chimiques du sol sur la vigne et le raisin. L’IGP, de son côté, fournit des assurances au consommateur sur la provenance du produit, sur son lien avec le terroir ainsi que sur le mode de production et de récolte. Elle existe d’ailleurs dans une centaine de pays et de régions, comme le Brésil, la France et l’Italie. Certains producteurs français souhaiteraient d’ailleurs la mettre davantage de l’avant que l’appellation d’origine contrôlée, car elle permet d’établir un lien suffisant avec le territoire. Au Québec, une fois l’IGP en place, il faudra voir comment les différentes régions pourront se distinguer les unes des autres. D’ores et déjà, l’appellation pourra aider la SAQ à accroître ses ventes de vin d’ici (qui ont déjà augmenté de 6% en 2017 selon le MAPAQ, NDLR). Je pense que les consommateurs les plus curieux vont s’intéresser à ce genre de produit.

Quel impact a l’appellation IGP déjà en place pour le maïs sucré de Neuville?

Les producteurs qui ont choisi d’y adhérer, car il s’agit d’une adhésion volontaire, mettent beaucoup en valeur  cette appellation. Ils l’indiquent très clairement sur leurs pancartes, tandis que les autres producteurs doivent simplement écrire «maïs de Neuville». La ferme Langlois et Fils (Chez Médé), par exemple, en fait une très bonne promotion, et son propriétaire mentionne souvent l’IGP quand il est interrogé par les médias. Je pense que le gouvernement devrait s’impliquer pour faire davantage la promotion des appellations, de la même façon qu’il met déjà de l’avant la marque de certification «Aliments Québec». Contrairement à l’Europe, le consommateur d’ici n’a pas l’habitude d’acheter des produits liés à un endroit particulier. Selon moi, cela vaut la peine de l’éduquer et de lui expliquer en détail l’IGP. L’appellation va le rassurer. De plus en plus de gens veulent savoir d’où viennent les produits et ce qu’ils contiennent.

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