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Volume 52, numéro 16 | 26 janvier 2017

Société

Trois questions à Richard Ouellet

Sur l'ALÉNA

Par Pascale Guéricolas

Donald Trump doit rencontrer Justin Trudeau en février pour revoir les modalités de l’ALÉNA, l’accord de libre-échange signé par les États-Unis, le Mexique et le Canada en 1994. Le gouvernement canadien se prépare depuis plusieurs semaines à cette négociation en plaçant des élus aux carnets d’adresses bien fournis dans des postes clés de liaison avec la nouvelle administration. Déjà, un conseiller américain proche du président a rappelé à Justin Trudeau et à ses ministres l’importance des liens commerciaux entre les deux pays. L’avis de Richard Ouellet, professeur à la Faculté de droit et spécialiste des accords d’intégration économique, sur ce sujet.

Quels secteurs économiques provoquent particulièrement la colère du président américain contre l’ALÉNA?

Durant la campagne électorale, Donald Trump a souvent dénoncé la facilité avec laquelle certaines entreprises, situées à l’extérieur des États-Unis, produisent des biens destinés aux consommateurs américains. Les voitures fabriquées au Mexique le choquent particulièrement. L’accès des producteurs du Canada au marché américain déplaît aussi à la nouvelle administration. Le prix du bois d’oeuvre canadien, en particulier, ne fait pas l’affaire des États-Unis. Les Américains mettent également en doute le blocage de certains produits à la frontière. Par exemple, l’imposition de tarifs douaniers de 245% sur les produits agricoles américains liés à la gestion de l’offre canadienne, comme le lait, leur déplaît profondément. Il existe donc un lobby important pour abolir ce système, qui vise notamment à protéger notre industrie laitière de la concurrence internationale. Ceci dit, il serait étonnant que le président américain remette en question les échanges entre les différentes usines fabriquant des automobiles de part et d’autre de la frontière canadienne. Ces transferts sont particulièrement importants sur l’axe Windsor-Détroit et dans la région au sud de Toronto. Les statistiques indiquent d’ailleurs que 9 millions d’emplois dépendent de l’ouverture de la frontière commerciale avec le Canada dans le nord des États-Unis.  N’oublions pas que 35 des 50 États américains ont le Canada comme premier marché d’exportation.

Pour l’instant, le Mexique semble davantage dans la mire du président américain, car de nombreuses entreprises américaines y investissent. Comment expliquer ce phénomène?

Le départ du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui avait la mainmise sur le pouvoir politique – quasiment comme une mafia –, a assaini le climat politique du pays. Peu à peu, le Mexique s’ouvre au monde. La presse peut critiquer le pouvoir. Le gouvernement a mis fin au système des maquiladoras, ces zones de non-droit où les entreprises ne respectaient ni les normes du travail ni les règles environnementales. Le Mexique a aussi signé de nouveaux accords de libre-échange. Donald Trump voit bien que ce pays constitue une terre d’accueil plus intéressante que les États-Unis pour les investisseurs étrangers. L’industrie automobile allemande, par exemple, a choisi le Mexique pour ouvrir de nouvelles usines. Plusieurs entreprises américaines ont fait la même chose. Les gens d’affaires font davantage confiance au Mexique, notamment en raison de l’adoption du chapitre 11 de l’ALÉNA sur la protection des investissements. Désormais, les entreprises disposent de recours efficaces contre des partenaires malhonnêtes. Ce n’était pas le cas il y 25 ans, alors que le Mexique était très corrompu.

Qu’est ce que le Canada pourrait obtenir des États-Unis si l’ALÉNA faisait l’objet d’une nouvelle négociation?

D’une part, il faudrait d’abord clarifier la question du bois d’oeuvre. Depuis plusieurs années, le Canada subit les caprices des Américains, qui décident de temps en temps que le prix de cette marchandise est trop bas. Ce phénomène doit s’arrêter. D’autre part, la question des grands projets publics me semble importante. Il existe un accord qui porte sur l’ouverture de certains grands marchés publics américains lorsqu’il est question de construction d’infrastructures. Pour l’instant, les entreprises canadiennes ont accès à ces chantiers dans plus d’une trentaine d’États américains, mais cela pourrait aller plus loin. Un autre sujet important qui devra être discuté est la manière de faciliter l’obtention de visas professionnels pour les Canadiens qui résident chez nos voisins du Sud pendant plus d’un mois pour leurs affaires. Actuellement, les États-Unis exigent beaucoup d’autorisations administratives pour les entrepreneurs à la recherche de nouveaux clients de l’autre côté de la frontière. Et pourtant, les deux pays sont censés pratiquer le libre-échange.

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