Les images de l’immense incendie de la région de Fort McMurray ont fait le tour du monde. En quelques jours, le brasier a ravagé plus de 285 000 hectares, soit l’équivalent de la superficie de forêt brûlée annuellement en Alberta, en moyenne. Alison Munson, professeure au Département des sciences du bois et de la forêt, tire quelques leçons du désastre.

Plusieurs médias attribuent l’ampleur de l’incendie de Fort McMurray aux changements climatiques. Qu’en pensez-vous?

Il est difficile d’établir un lien direct entre les changements climatiques et cet incendie, d’autant plus que les feux dans la forêt boréale sont très fréquents à cette époque de l’année. Ils surviennent souvent au printemps, au moment où le sol n’est pas encore recouvert de végétation verte. Une fois démarrés, il s’avère presque impossible de les arrêter. En cette année d’El Nino, l’hiver a été très doux et très sec dans l’Ouest. Tout comme l’été précédent, d’ailleurs, puisqu’on a enregistré des précipitations inférieures à la normale. Après la fonte des neiges, la forêt était donc très sèche, vulnérable à un feu de ce genre. Toutefois, dans l’ouest de la forêt boréale, la saison des feux de forêt semble s’allonger depuis quelques décennies. Elle commence de façon plus précoce et elle dure plus longtemps. L’indice de sécheresse augmente également. Cet instrument de mesure inclut plusieurs paramètres, comme les températures de la journée, la quantité de précipitations, le degré d’évaporation et la durée d’ensoleillement. Tout porte à croire que le nombre d’incendies devrait s’accroître à l’avenir. Selon le modèle de prédiction mis au point par les chercheurs du Service canadien des forêts, les températures plus chaudes vont avoir un effet à la hausse sur les superficies brûlées dans la forêt boréale.

Comment éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise alors que 400 villes et villages sont construits dans la forêt boréale au Canada?

Fort McMurray constitue un exemple particulier de ville construite en plein milieu de la forêt boréale. Aucun espace ne sépare ses quartiers résidentiels de la forêt. Le même problème s’était posé en Saskatchewan, il y a quelques mois, lorsque plusieurs villages autochtones ont dû être évacués. Après les grands feux de 2003 dans la région Kelowna, en Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral a mis en place un programme qui aide les communautés à mieux se protéger contre les incendies. FireSmart, ou Intelli-feu en français, suggère de nettoyer le sous-bois dans la ville pour éliminer les matériaux naturels facilement combustibles. On propose aussi de déboiser des zones entre les habitations et la forêt, pour constituer des barrières naturelles coupe-feux. En Abitibi, par exemple, la plupart des villages sont déjà entourés de grands espaces vides. Il peut également être intéressant de planter des arbres feuillus autour des habitations et pas seulement des conifères. Quand les feuilles sont sorties, en été, des arbres comme les peupliers et les bouleaux peuvent aider à ralentir le feu (en produisant de l’ombre, qui limite le dessèchement du sol, NDLR).

Quel impact aurait l’augmentation des incendies sur l’industrie forestière?

Les entreprises forestières, qui coupaient des conifères autour de Fort McMurray, vont sans doute utiliser une partie du bois brûlé, comme on le fait au Québec. Il peut être récupéré dans les deux ans suivant un incendie, avant qu’il ne pourrisse ou que les insectes ne l’attaquent trop. Cela peut aider l’industrie à compenser le volume perdu. À plus long terme, les simulations du Service canadien des forêts prédisent un risque accru d’incendie. Il faudra en tenir compte afin de calculer les volumes de bois à couper. Le Québec commence d’ailleurs à intégrer cette donnée. Pour sa part, l’Ouest canadien fait face à un autre phénomène, sans doute lié aux changements climatiques. Depuis 10 ans, la Colombie-Britannique et une partie de l’Alberta subissent l’invasion du dendroctone, un insecte qui profite des hivers doux pour se déplacer vers le Nord. Il détruit les forêts de pins et il fait perdre beaucoup de bois à l’industrie forestière. Cette dernière s’adapte en récupérant les arbres après le passage de l’insecte, comme elle le fait après le feu. Il reste que les entreprises n’auront pas le choix de se montrer flexibles à l’avenir. Selon la situation, il leur faudra rapidement construire des routes pour se diriger vers des territoires ravagés par des incendies ou par le dendroctone.