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Volume 53, numéro 18 | 8 février 2018

Société

Trois questions à Jacques Renaud

Sur l'automatisation de la distribution

Par Pascale Guéricolas

Metro vient d’annoncer la mise en place de caisses automatisées dans plusieurs de ses magasins pour réduire le temps d’attente. Amazon a récemment ouvert un magasin sans employés à Seattle. Le recours à l’automatisation existe depuis plusieurs années déjà dans le secteur de la distribution, sans que le consommateur en soit conscient. Jacques Renaud, professeur au Département d’opérations et systèmes de décision, détaille quelques innovations récentes.

Quels sont les secteurs de la distribution où l’automatisation est déjà une réalité?

Indéniablement, ce sont les centres de distribution qui ont actuellement beaucoup de difficulté à recruter de la main-d’œuvre, et surtout à la conserver. De plus en plus de véhicules guidés automatisés acheminent les marchandises dans le bâtiment. L’automatisation concerne aussi la sortie des palettes arrivant en camion dans les entrepôts. Des planchers roulants ou à patins permettent de décharger une remorque en 10 minutes, plutôt que d’y consacrer 1 heure 30 minutes avec de petits engins élévateurs. Grâce à cette très haute technologie, les palettes partent ensuite sur un convoyeur, puis se placent automatiquement dans l’entrepôt. Dans la région de Québec, une entreprise comme Simons a recours à l’informatisation pour abaisser considérablement ses délais de livraison pour les commandes en ligne. Un système lumineux de reconnaissance visuelle des bacs roulants, qui circulent en train dans l’entrepôt, accélère l’assemblage des commandes avec des produits différents. L’amélioration des technologies en matière d’identification facilite aussi les paiements automatisés en magasin. Les détaillants disposent désormais de banques de données très complètes, qui comprennent notamment le poids de chaque produit. Chez Walmart par exemple, la machine vérifie cette donnée sur les marchandises que le client vient de passer sous le lecteur de code-barres et de mettre dans son sac. Cela permet d’éviter la fraude ou les erreurs.

Plusieurs experts dénoncent les méthodes de surveillance utilisées par les employeurs qui ont recours aux nouvelles technologies dans les entrepôts. Qu’en pensez-vous?

C’est vrai que les centres de distribution disposent de très nombreuses données sur les performances de chaque employé. Elles leur permettent, par exemple, de vérifier, heure par heure, le nombre de caisses qu’ils déplacent. Dès que leur productivité baisse, le responsable s’en rend compte immédiatement. Cela occasionne beaucoup de pression dans les entrepôts où les manipulations de marchandises se font encore de façon manuelle. Dans certains centres de distribution, les employés portent un petit téléphone dans l’oreille et reçoivent sans répit des consignes pour déplacer les marchandises. Le rythme très rapide décourage beaucoup de personnes, tout comme les risques de blessures causées par des charges élevées, telles les caisses de produits congelés. L’automatisation des opérations manuelles permet la réduction des blessures, ne serait-ce que la prévention des maux de dos.

Les centres de distribution misent donc de plus en plus sur la technologie pour rationaliser leurs opérations. Qu’en est-il du transport des marchandises?

C’est un secteur qui n’évolue pas aussi rapidement que celui de la distribution. En effet, le Québec compte un grand nombre de transporteurs, chacun spécialisé dans un marché particulier, ce qui retarde la mise en place de méthodes communes. Pour l’instant, les entreprises se concentrent surtout sur la mise en place du carnet de bord électronique pour les chauffeurs. Ce dispositif, déjà obligatoire aux États-Unis, ressemble un peu à la boîte noire d’un avion. Il permet de savoir en temps réel où se trouve le camion, quel est son contenu exact et de quelle façon le chauffeur conduit, qu’il s’agisse de la vitesse dans les virages ou des temps de freinage. De plus, le chauffeur peut aller chercher ou déposer des marchandises à la demande, puisqu’on a accès à son emplacement en temps réel. Avec le commerce en ligne et la baisse des stocks, qui doublent la fréquence des livraisons dans les magasins, la circulation s’accroît. En outre, certaines études, réalisées dans des pays européens, montrent que l’utilisation d’un camion pour livrer une commande d’épicerie à un client particulier a un coût environnemental moins élevé que lorsque ce client fait ses courses avec sa propre voiture. C’est d’autant plus vrai si le chauffeur achemine des commandes à un nombre élevé de consommateurs dans un petit périmètre. Cela réduit aussi les pertes alimentaires en magasin.

Jacques-Renaud-credit-fsa.ulaval.ca
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