Nos choix éthiques se refléteraient-ils dans nos manières d’apprêter nos hamburgers? C’est la question posée par L’éthique du hamburger. Penser l’agriculture et l’alimentation au XXIe siècle, publié récemment aux Presses de l’Université Laval. Cet ouvrage collectif a été codirigé par Lyne Létourneau, professeure à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, et Louis-Étienne Pigeon, chargé d’enseignement à la Faculté de philosophie.

Consommé partout sur la planète, le hamburger possède une puissance évocatrice qui permet aux auteurs de démystifier divers enjeux éthiques liés à l’alimentation. «Le hamburger est le symbole par excellence du système alimentaire mondialisé, affirme Lyne Létourneau. Peu coûteux, identique d’un pays à l’autre, offert par des multinationales qui multiplient les efforts de productivité et de rentabilité, cet aliment présente plusieurs caractéristiques communes.»

«Le hamburger est aussi soumis à un phénomène d’embourgeoisement, ajoute la professeure. De plus en plus, on le voit apparaître sous différentes formes, que ce soit avec du confit d’oignons, des champignons rôtis, des légumes grillés ou des fromages fins. La boulette de viande hachée fait place à d’autres viandes. Cet embourgeoisement se rapproche d’un système alimentaire alternatif basé sur les aliments locaux et sur une territorialité plus forte. Le hamburger incarne donc à la fois le système alimentaire mondial dominant et les mouvements alternatifs.»

Clin d’œil amusant tout autant qu’éclairant, le livre utilise le thème du hamburger pour aborder une série de questions éthiques que soulève la production des ingrédients. Le premier chapitre, intitulé «De la viande et du fromage», s’attarde au traitement des animaux de ferme, à l’intégrité génétique en production animale et à l’innocuité des aliments. La seconde partie, «Du petit pain», porte sur notre rapport à l’environnement, les plantes génétiquement modifiées et les conflits dans les espaces ruraux. Dans «Les condiments», il est question de l’insécurité alimentaire et de l’accaparement des terres agricoles. Le cinquième chapitre, «Des frites et de la boisson gazeuse», s’attaque aux thèmes de l’obésité et de la responsabilité sociale des entreprises bioalimentaires.

D’un texte à l’autre, un constat émane: multifacettes, les enjeux du milieu alimentaire sont complexes et font appel à d’autres disciplines que celles de l’éthique et de la philosophie. «Les problématiques reliées à notre alimentation ne peuvent se penser indépendamment de l’économie, du droit et des sciences sociales. D’autres disciplines sont interpellées, ce qui nous oblige à penser les solutions en termes d’interdisciplinarité afin de trouver des compromis acceptables entre les différents points de vue», souligne Lyne Létourneau.

Sans porter le chapeau de donneuse de leçons, la professeure espère que l’ouvrage permettra d’éclairer les débats qui animent l’actualité. «Notre livre est une invitation à aller plus loin que le simple énoncé de la prise de position pour comprendre les assises scientifiques sur lesquelles reposent les discours. Une fois que c’est fait, on est mieux équipé pour formuler des critiques et identifier les forces et les faiblesses de sa propre position», conclut-elle.