Une équipe de l’Université Laval vient de démontrer l’efficacité, chez des souris, d’une nouvelle thérapie qui s’attaque à l’une des principales manifestations de la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Dans un article publié par le Journal of Clinical Investigations, les chercheurs expliquent comment ils sont parvenus à l’aide d’anticorps à réduire l’abondance des agrégats de protéines dans le cerveau d’un modèle animal de cette maladie.

Les travaux antérieurs de l’équipe de Jean-Pierre Julien, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche CERVO, avaient démontré que la protéine TDP-43 était surexprimée dans la moelle épinière de personnes souffrant de SLA. Cette surexpression entraîne la formation d’agrégats de TDP-43 dans le cytoplasme des cellules nerveuses ainsi qu’une réponse inflammatoire exagérée qui augmente la vulnérabilité des neurones aux molécules neurotoxiques qui circulent dans l’organisme. Les chercheurs avaient aussi montré que la TDP-43 interagit avec la protéine NF-kB, qui joue un rôle clé dans la réponse immunitaire et dans l’inflammation. La protéine NF-kB est, elle aussi, associée à plusieurs formes de SLA.

Dans leur dernière étude, Jean-Pierre Julien et ses collaborateurs ont produit un anticorps qui cible une région de la TDP-43 impliquée dans la formation de ces agrégats. Ils ont inséré le matériel génétique codant pour cet anticorps à l’intérieur de virus qui ont été ensuite injectés dans le système nerveux de souris produisant des agrégats de TDP-43. Une fois à l’intérieur des cellules, les virus ont produit l’anticorps de cette protéine problématique. «Nous avons alors observé une réduction du nombre d’agrégats de TDP-43. Nous avons aussi constaté une atténuation de l’inflammation ainsi qu’une amélioration importante des performances cognitives et motrices des souris», résume le professeur Julien.

Cette percée ouvre la porte à la mise au point d’immunothérapies pour la SLA ainsi que pour près de la moitié des démences frontotemporales où il y a formation d’agrégats de TDP-43. «Nous tentons maintenant de développer une approche qui ne nécessiterait pas l’utilisation de virus, précise le chercheur. Des résultats préliminaires nous portent à croire que des anticorps spécifiques injectés directement dans le liquide cérébro-spinal pourraient diminuer la formation d’agrégats de la protéine dans les cellules nerveuses. L’avantage de cette approche est que si la thérapie ne fonctionne pas, on peut cesser le traitement immédiatement, ce qui n’est pas possible avec un vecteur viral.»

Les auteurs de l’étude sont Silvia Pozzi, Sai Sampath Thammisetty, Philippe Codron, Reza Rahimian, Karine V. Plourde, Geneviève Soucy, Christine Bareil, Daniel Phaneuf, Jasna Kriz, Claude Gravel et Jean-Pierre Julien.