Célia Forget se souvient encore de l’entrevue qu’elle a accordée en octobre dernier à l’émission Médium large, à Radio-Canada. Elle allait parler de son livre Vivre sur la route. Les nouveaux nomades nord-américains. Publié aux Éditions Liber, l’ouvrage porte sur le mode de vie de personnes qui choisissent de vivre à l’année dans leur véhicule récréatif. Toutefois, l’animatrice a fait porter la grande partie de l’entrevue sur la tempête tropicale qui sévissait ce jour-là en Floride, où se trouvait un autre de ses invités, un «nomade» établi depuis des années sur un terrain de camping au soleil. Avec le résultat que l’émission s’est terminée en queue de poisson pour la jeune auteure, qui a eu très peu de temps pour parler de son livre.

«J’avoue avoir trouvé l’expérience un peu décevante», dit l’anthropologue et ethnologue, également coordonnatrice du Centre interuniversitaire sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT). «Comme chercheur, on consacre beaucoup de temps à nos recherches. Quand vient le temps de transmettre oralement le résultat de nos travaux, on ne sait pas trop comment s’y prendre. Ce n’est pas quelque chose qui s’enseigne à l’université.»

Célia Forget a fait sa part pour combler cette lacune en participant le 20 mars à une journée d’étude ayant pour thème «Diffuser ses travaux pour les nuls», tenue lors de la deuxième Semaine étudiante du CELAT. Elle y a raconté sa première expérience de rédaction pour le grand public. À l’instar de nombreux chercheurs qui décident de publier leur thèse de doctorat, elle s’est heurtée à certaines difficultés. «C’est un gros travail de réécriture, a-t-elle expliqué. Certaines coupures dans le texte ont été faciles, d’autres moins. Il faut garder certains concepts universitaires tout en restant accessible. On ne peut pas simplifier à outrance. Et puis, comme auteur, on pense que tout ce qu’on raconte est intéressant, alors on manque forcément d’objectivité.»

Des 1222 pages que comptait sa thèse de doctorat, la jeune femme en a conservé 565. Pour défricher le terrain, elle a fait lire son texte à des amis. Son éditeur a aussi relu attentivement le manuscrit. «Comme il n’avait lu aucun de mes textes, il a pu poser un regard neuf sur mon travail. Il a su aussi reconnaître ce qui pouvait être lourd pour le lecteur», souligne-t-elle.

Après la parution de son essai, bien reçu par la critique, Célia Forget a dû s’initier aux médias. Un apprentissage qui lui a réservé des déceptions, mais aussi des joies. Elle garde un bon souvenir de l’interview qu’elle a accordé à Serge Bouchard à l’émission Les chemins de travers, diffusée à Radio-Canada. Autre animateur, autres mœurs… «L’échange a été très riche, souligne-t-elle. Il faut dire que Serge Bouchard est anthropologue et qu’il a fait sa thèse de doctorat sur les camionneurs qui passent des heures et des heures sur les routes. Nous avions donc les mêmes intérêts. Le contexte a beaucoup aidé !»

Par ailleurs, en mars, elle a eu le plaisir de lire un assez long article sur son livre paru dans le journal Le Devoir sous la plume d’Émilie Folie-Boivin. «C’était très fidèle à notre entrevue. Je trouve que la journaliste a bien synthétisé l’information que je lui ai communiquée», dit la chercheuse, qui a bien hâte de lire les résultats d’une entrevue donnée à une journaliste du magazine féminin Châtelaine. L’article paraîtra dans le numéro de juin. 

Après toute cette aventure, Célia Forget pense qu’une journée de formation sur la façon de communiquer ses résultats de recherche aurait été la bienvenue. «La journée pourrait commencer par un atelier sur la communication scientifique adapté aux différents médias, suggère-t-elle. Comment simplifier son discours? Comment attirer l’attention sur les aspects de nos recherches que l’on souhaite faire ressortir? Dans le tourbillon d’une entrevue à la radio, par exemple, ce serait très utile d’être capable de se débrouiller un peu.»

Soulignons que la Direction des communications de l’Université offre depuis une dizaine d’années une formation portant sur le rôle de porte-parole dans les relations avec les médias. La formation dure une journée et comporte des simulations d’entrevue. Elle ne s’adresse toutefois qu’aux professeurs et gestionnaires.