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Volume 52, numéro 19 | 16 février 2017

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Une épreuve pour les poumons

Les voies respiratoires des athlètes ne s'adaptent pas au froid ni à la sécheresse de l'air

Par Jean Hamann

Des skieurs d’élite comme Alex Harvey, qui s’entraînent pendant de longues heures chaque jour dans l’air froid et sec, parviennent-ils mieux que le commun des mortels à réchauffer et à humidifier l’air qui entre dans leurs poumons? Il semble que non, suggère une étude publiée par une équipe de la Faculté de médecine dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercice.

Si Louis-Philippe Boulet, Simon-Pierre Moreau, Hélène Villeneuve et Julie Turmel, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec – Université Laval, se sont penchés sur cette question, c’est que, paradoxalement, une telle adaptation aurait pu fournir une explication aux problèmes respiratoires induits par l’exercice chez les athlètes d’élite. Ces problèmes sont monnaie courante, surtout chez les athlètes d’endurance et chez ceux qui s’entraînent en piscine. Ainsi, une étude à laquelle a collaboré le professeur Boulet a révélé qu’aux Jeux olympiques de Pékin de 2008, 25% des nageurs et 22% des athlètes en nage synchronisée avaient un certificat médical leur permettant de recourir à un bronchodilatateur. Une autre étude menée en 2010 par son équipe auprès de 162 athlètes d’élite de la grande région de Québec a révélé que 41% d’entre eux souffraient, la plupart à leur insu, d’asthme induit par l’exercice.

On sait que l’entraînement intensif provoque une augmentation de la densité des petits vaisseaux sanguins dans les muscles du corps et dans le muscle cardiaque. Si une adaptation similaire se produisait dans la paroi des bronches, l’air inhalé serait mieux réchauffé et humidifié, limitant ainsi la déshydratation des voies respiratoires, fait valoir le professeur Boulet. Cette adaptation aurait toutefois un prix. La dilatation des vaisseaux et l’augmentation du flot sanguin pourraient favoriser la libération de molécules pro-inflammatoires et la formation d’oedème entravant le passage de l’air dans les bronches, ce qui expliquerait les problèmes respiratoires des athlètes.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont invité à leur laboratoire 23 athlètes et 23 sujets peu actifs. Chaque groupe était composé de 12 participants qui présentaient des symptômes d’asthme ou d’hyperréactivité bronchique (une condition souvent pré-asthmatique) et de 11 sujets qui en étaient exempts. À l’aide d’une sonde, les chercheurs ont mesuré la température de l’air inhalé et celle de l’air expiré par chaque participant pendant et après un test d’hyperventilation de 6 minutes. Résultat? Le passage de l’air dans les voies respiratoires s’est traduit par un réchauffement moyen de 5,8 °C pendant le test et de 4,7 °C pendant les 30 minutes suivantes. Toutefois, ces valeurs étaient similaires dans les quatre groupes de sujets.

«Il ne semble pas exister de mécanisme adaptatif permettant aux athlètes de mieux réchauffer et humidifier l’air pour prévenir la déshydratation des muqueuses respiratoires, résume le professeur Boulet. Lors d’une activité physique intense, les athlètes d’élite peuvent inhaler jusqu’à 200 litres d’air à la minute, soit 40 fois plus qu’une personne au repos. Quand la température est très froide et que l’air est sec, leurs voies aériennes subissent un stress très important, ce qui explique pourquoi tant d’athlètes doivent prendre des bronchodilatateurs et des anti-inflammatoires. C’est loin d’être un caprice, parce qu’il y a véritablement une atteinte au système respiratoire.»

Alex Harvey

Les athlètes d'élite comme Alex Harvey peuvent inhaler jusqu'à 200 litres d'air à la minute. Quand la température est froide et que l'air est sec, leurs voies respiratoires subissent un stress très important.

Photo: Felgenhauer/NordicFocus

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