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Volume 48, numéro 1 | 6 septembre 2012

Société

«Une fierté retrouvée»

Un consultant en patrimoine invite à sauvegarder les quartiers ouvriers qui gardent la mémoire de ceux qui y ont vécu

Par Renée Larochelle

Comment valoriser le patrimoine des quartiers ouvriers sans le dénaturer? C’était la question à l’ordre du jour d’un colloque organisé par Action patrimoine cet été à Trois-Rivières. «Pour valoriser un quartier ouvrier, il faut d’abord que les propriétaires et résidants soient sensibilisés et souhaitent mettre en valeur leur bâtiment, a expliqué l’un des conférenciers, Martin Dubois, titulaire d’une maîtrise en histoire et conservation et consultant en patrimoine et architecture. Même si ces quartiers rappellent souvent des mauvais souvenirs comme la pauvreté, la pollution ou une industrie qui a sauvagement fermé ses portes, il faut y intéresser les gens. On peut le faire en organisant des conférences et des visites guidées. Cela conduit souvent à une réappropriation du quartier par les gens, à une fierté retrouvée.»

À Québec, cité longtemps fortifiée, les artisans et ouvriers, qui n’avaient pas les moyens de se loger à l’intérieur des murs, se sont installés à l’extérieur. Ainsi sont nés les faubourgs Saint-Jean, Saint-Roch et Saint-Sauveur. De petits secteurs ouvriers ont aussi vu le jour à Sillery (du Foulon, Bergerville) et à Saint-Romuald (New Liverpool) grâce au commerce du bois et aux importantes activités portuaires qui se déroulaient aux abords du fleuve. Si on en voit encore la trace aujourd’hui, il n’en est pas de même pour tous: ainsi, le faubourg Saint-Louis à Québec a été entièrement détruit pour faire place aux immeubles de la colline Parlementaire, rappelle Martin Dubois.

À la fin du 19e siècle et au début du 20e, de nouveaux quartiers ouvriers, comme celui de Limoilou à Québec et du Plateau-Mont-Royal à Montréal, apparaissent dans le paysage urbain. Si ces zones présentent une forte densité, celle-ci est compensée par la présence d’arbres le long des rues et de nombreux parcs, rendant ainsi le cadre de vie des habitants beaucoup plus agréable.

À cette même époque naissent les «villes de compagnie», souvent créées de toutes pièces autour d’entreprises qui donneront du travail à des milliers de personnes. C’est le cas de la ville de Shawinigan, conçue par la Shawinigan Water and Power dès 1899, et d’Arvida, fondée en 1926 par la compagnie Alcoa, pour ne citer que ces exemples.

«Ces villes de compagnie se caractérisent par une très forte ségrégation entre les patrons anglophones et les ouvriers francophones, une situation courante à l’époque, note Martin Dubois. Ainsi, les maisons réservées aux Anglais, imposantes et luxueuses, occupent des sites plus intéressants que celles des ouvriers. On utilise d’ailleurs encore le terme “quartiers des Anglais” pour désigner ces secteurs cossus dans plusieurs villes québécoises.» 

Comment inciter les gens d’aujourd’hui à prendre soin de ces modestes coins de ville? Les municipalités peuvent jouer un rôle en décrétant un tel quartier zone historique. «Cette action peut être accompagnée d’avantages, comme l’aide à la rénovation et un soutien financier, mais aussi d’obligations en vertu de certains règlements d’urbanisme, précise Martin Dubois. L’effet d’ensemble est très important, d’où la nécessité d’instaurer des pratiques qui le protégeront ou encore le rétabliront. De plus, améliorer les rues, les trottoirs, les parcs et l’éclairage incitera peut-être les propriétaires à investir dans leur propriété.»

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