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Volume 52, numéro 10 | 17 novembre 2016

Société

Une profession en mutation

Un colloque a permis d'approfondir la réflexion sur des aspects cruciaux du journalisme politique d'aujourd'hui

Par Yvon Larose

«Dans les années 1990, 120 personnes travaillaient à la Tribune de la presse au Parlement de Québec. Aujourd’hui, elles ne sont plus qu’une quarantaine. Donc, trois fois moins de journalistes travaillent à couvrir l’actualité parlementaire et politique. Une mutation est clairement en cours.»

Le professeur Jean Charron, du Département d’information et de communication, a fait ce constat alarmant en marge d’un colloque sur le journalisme politique au Québec. Organisée par la Société du patrimoine politique du Québec, cette activité s’est déroulée au pavillon Louis-Jacques-Casault le vendredi 11 novembre.

Cette date marquait le 145e anniversaire de la Tribune de la presse du Parlement de Québec. Une quinzaine de journalistes politiques québécois s’étaient donné rendez-vous à ce colloque. Parmi les plus connus, mentionnons Vincent Marissal, de La Presse, Sébastien Bovet, de Radio-Canada, et Francine Pelletier, du Devoir. Quatre thématiques d’actualité liées à la pratique du journalisme politique, étudiées dans une perspective de continuités et de ruptures, étaient au programme.

Depuis un certain nombre d’années, les médias traditionnels voient leurs sources de financement diminuer graduellement au profit d’Internet. Ce nouveau contexte fait qu’il est de moins en moins possible, pour les médias traditionnels, de produire des informations originales permettant de se démarquer de la concurrence. Par manque de ressources, l’on opte plutôt pour la reproduction d’informations produites ailleurs. Autre conséquence: les entreprises de presse cherchent à compenser la diminution d’articles à valeur ajoutée exclusive par une augmentation des commentaires. Dans ce contexte, la solution passerait-elle par de nouvelles façons de faire?

«Certes, la concurrence entre les médias favorise une certaine diversité des points de vue, répond Jean Charron. Mais quand les ressources consacrées à la couverture des événements au Parlement et au gouvernement se raréfient, une certaine mise en commun des ressources par un travail plus collaboratif serait peut-être plus avantageuse. Et ce ne serait pas un précédent. Dans les années 1980, les deux grands réseaux radiophoniques privés n’avaient chacun qu’un journaliste en poste à la Tribune de la presse. Alors, les deux journalistes, bien que concurrents, faisaient équipe et se partageaient le travail, à l’insu de leurs patrons. Ils considéraient que leurs auditeurs étaient ainsi mieux servis. Ils avaient probablement raison.»

Le professeur Florian Sauvageau a animé la table ronde consacrée au cynisme des citoyens à l’égard de la politique. Selon lui, les politiciens sont tout à fait capables d’alimenter eux-mêmes le cynisme des citoyens à leur endroit. «Les journalistes, souligne le professeur, n’inventent ni les erreurs, ni les bourdes, ni les inepties qui émanent des Parlements. Y consacrent-ils trop de temps? Sans doute. Les députés mettent aussi beaucoup d’énergie et d’application à l’étude de la législation. On en parle moins que de la joute partisane et des excès des forts en gueule. Et n’oublions pas que les journalistes n’échappent pas non plus au cynisme des citoyens.»

Une séance portait sur l’accélération du cycle de l’information, un phénomène qui n’a eu de cesse de s’accentuer, depuis la presse à imprimer jusqu’à Twitter. Dans la réalité d’aujourd’hui, le journaliste doit travailler dans des délais de plus en plus courts pour rapporter l’information en continu sur des plateformes multiples. Geneviève Chacon, doctorante en communication publique, a participé à la séance. Selon elle, l’information journalistique aujourd’hui se construit graduellement, en continu, et non dans un cycle quotidien comme autrefois, notamment grâce à la disponibilité d’outils plus mobiles comme le téléphone portable. «L’information en continu, ajoute-t-elle, peu importe le média, est devenue une façon de faire pour la quasi-totalité des journalistes politiques.»

Une des tables rondes était consacrée à la place des femmes dans le journalisme politique. Selon Statistique Canada, les femmes représentent la moitié des journalistes au Canada. Pourtant, depuis la fin des années 1980, la proportion de femmes journalistes à la Tribune de la presse au Parlement de Québec ne dépasse pas 25%. «Il y a, en proportion, moins de femmes à la Tribune que de femmes députées à l’Assemblée nationale, indique Florian Sauvageau. De la même manière que la présence accrue des femmes en politique en changerait sans doute les codes, la présence accrue des femmes en journalisme politique pourrait modifier certains aspects de la pratique.»

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Le professeur Florian Sauvageau, troisième à partir de la gauche, a animé la table ronde sur le cynisme des citoyens à l'égard de la politique. Il était accompagné de Pierre Duchesne, de Marie Grégoire, de Stéphane Bédard, de Jean-Claude Rivest et de Norman Delisle.

Photo: Marc Robitaille

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