Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume 51, numéro 2 | 3 septembre 2015

Actualités UL

Une technologie qui fait boule de neige

Un projet d'application mobile pour une enfant ayant des troubles d'apprentissage, conçu à l'Université Laval, connaît un essor remarquable de chaque côté de l'Atlantique

Par Matthieu Dessureault

Nadir Belkhiter, professeur et vice-doyen aux études de la Faculté des sciences et de génie, n’avait pas imaginé, il y a deux ans, l’ampleur qu’allait prendre ce projet. Tout a commencé avec un courriel, qu’il a reçu au Département d’informatique et de génie logiciel. Emmanuelle Robert, la mère de Léa, cherchait de l’aide. Les progrès effectués par sa fille de 9 ans, qui participait à une recherche de l’Université du Québec à Trois-Rivières sur l’utilisation du iPad chez les jeunes ayant des besoins particuliers, plafonnaient. Encadrée par une étudiante en ergothérapie de cet établissement, la fillette utilisait des applications peu adaptées à sa situation.

Celui qui donne chaque automne le cours Interface personne-machine a vu là une belle occasion de donner au suivant. Il a fait appel à ses étudiants pour créer une application iPad qui répondrait aux besoins de cette petite fille. «L’enseignement repose souvent sur des projets fictifs. Cette fois, il s’agissait d’un projet réel permettant de rendre service à la collectivité. Pour les étudiants, c’est beaucoup plus motivant. Ils ont travaillé le soir et la fin de semaine, sans compter les heures», relate le professeur.

Depuis 2013, une vingtaine de ses étudiants ont développé, en étroite collaboration avec la mère de Léa et l’étudiante en ergothérapie, trois applications. Nommée «Léapps» (pour Léa et applications), cette technologie permet, par exemple, d’enrichir son vocabulaire en associant des mots à des images, ou encore de reconstituer des éléments à partir de formes géométriques. Contrairement à d’autres du genre, les applications peuvent être modifiées pour répondre au profil des utilisateurs. Ainsi, les parents, les professeurs ou les ergothérapeutes ont la possibilité de paramétrer le niveau de difficulté selon l’avancement de l’enfant. «Je vois l’apprentissage comme une échelle; si le barreau est trop haut, l’enfant ne sera pas capable de l’atteindre. Puisqu’elles sont évolutives, ces applications me permettront de travailler de façon progressive pendant plusieurs années avec Léa», souligne Emmanuelle Robert.

Les créateurs de ces produits novateurs sont pour la plupart issus d’un programme interuniversitaire avec des écoles françaises, dont l’École pour l’informatique et les nouvelles technologies (EPITECH), l’École française d’électronique et d’informatique (EFREI) et l’École nationale supérieure de cognitique (ENSC). L’un d’entre eux, Mehdi El Hafed, a fondé, une fois de retour chez lui, sa propre compagnie d’applications éducatives. Chez nous, ces technologies ont été mises à la disposition de professionnels du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de Québec.

Mickaël Loubriat, l’un des étudiants français à qui on doit cette initiative, avait entendu parler des travaux du professeur Belkhiter alors qu’il était à l’Université de Bordeaux. Venu à Québec l’an dernier pour ses études, il s’est investi corps et âme dans le projet. L’application qu’il a créée avec ses confrères a reçu le prix Pierre-Ardouin, destiné au meilleur travail de fin de session au Département d’informatique et de génie logiciel. De retour en France, où il entame une formation à l’École nationale de l’aviation civile (ENAC), il veut recruter des collègues pour pousser encore plus loin le concept. «Cela permettra de faire une passerelle entre l’ENAC, qui est la meilleure école consacrée aux IHM (interactions homme-machine) en France, et l’Université Laval, où j’ai suivi le cours le plus captivant de mon séjour d’études», dit-il, emballé.

Ouvert à toute collaboration, Nadir Belkhiter n’est pas peu fier du chemin parcouru depuis la réception de ce courriel particulier. «Nous nous sommes lancés dans ce projet de façon modeste, en espérant contribuer à l’apprentissage d’une enfant. Finalement, les applications remportent un grand succès. En plus d’être offertes gratuitement à certains professeurs, elles ont alimenté la réflexion de l’étudiante à la maîtrise en ergothérapie qui s’occupait de Léa. Depuis, une autre étudiante a pris la relève et poursuit les travaux avec nous», se réjouit celui qui proposera à ses nouveaux étudiants de créer une quatrième application cet automne. Parions qu’il n’aura aucun mal à trouver des volontaires!

Marc Robitaille

Léa en compagnie de Stéphanie Jean, l'étudiante à la maîtrise en ergothérapie qui l'encadrait au début du projet, et de sa mère, Emmanuelle Robert.

Photo: Marc Robitaille

Écrivez-nous
Partagez