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Volume 43, numéro 30 | 8 mai 2008

Divers

Un universitaire engagé

Suzanne Clavette raconte le long et passionnant parcours de l’abbé Gérard Dion, un des architectes des relations du travail au Québec

Par Yvon Larose

Fervent nationaliste dans sa jeunesse, étiqueté comme gauchiste dans les années 1950 sous le régime duplessiste, pionnier de l’enseignement des relations du travail à l’Université Laval tout comme dans la société québécoise, éminence grise qui avait l’oreille du pouvoir politique durant la Révolution tranquille, l’abbé Gérard Dion, personnage multiple, a marqué son époque. «Il avait un sens élevé de la justice sociale, indique l’historienne Suzanne Clavette. Ce professeur d’université ne se contentait pas seulement d’enseigner. Il n’hésitait pas à prendre position, même dans les dossiers les plus complexes, au point de devenir une personnalité publique de la trempe du père Georges-Henri Lévesque, du syndicaliste Jean Marchand et de l’éditorialiste André Laurendeau.»

Le lundi 28 avril, à l’occasion du 63e congrès du Département des relations industrielles, les Presses de l’Université Laval ont fait le lancement de Gérard Dion, artisan de la Révolution tranquille. Abondamment illustré, cet ouvrage de quelque 650 pages a été écrit par Suzanne Clavette en collaboration avec Hélène Bois, Jean-Paul Rouleau, Gilles Routhier et Jean Sexton. Il retrace, jusqu’en 1966, une cinquantaine d’années de vie d’un progressiste «qui osait déranger». «Sous Duplessis, rappelle Suzanne Clavette, Gérard Dion dénonçait les injustices comme les bas salaires, les mesures antisyndicales et la répression des grèves.»

En 1956, l’abbé Dion est devenu célèbre à l’occasion de la parution, dans la revue Maintenant, d’un article cosigné par lui-même et l’abbé Louis O’Neill. Leur texte dénonçait l’immoralité des mœurs électorales au Québec. Un exemple de cette immoralité était l’«achat» de votes grâce à des dons de réfrigérateurs et autres biens de consommation. «Dans la réaction publique, en général très favorable, Dion et O’Neill ont vu, dix ans à l’avance, les germes de la désaffection massive des Québécois francophones à l’endroit de la religion catholique, explique Suzanne Clavette. Les citoyens se sont dits insatisfaits de la collusion qui existait entre plusieurs membres du clergé et l’Union nationale au pouvoir. Beaucoup ont déclaré avoir envie de tourner le dos à l’Église.»

À l’Université Laval, Gérard Dion a fondé, avec d’autres, le Département des relations industrielles, lancé les revues Relations industrielles, Ad Usum Sacerdotum et Perspectives sociales, et créé les congrès annuels du Département. Il a aussi publié, dans les années 1970, son fameux Dictionnaire canadien des relations du travail.

Artisan de la Révolution tranquille, l’abbé Dion a milité en faveur de la déconfessionnalisation de la future Confédération des syndicats nationaux. Il a aussi contribué aux débats entourant la réforme du système scolaire. «Il était en faveur de la création d’un ministère, souligne Suzanne Clavette, mais il souhaitait le maintien des collèges privés.» Gérard Dion a également participé à l’obtention du Code du travail en 1964. «Il a conseillé le premier ministre Jean Lesage au moment de l’adoption du Code, précise l’historienne. Avec Jean Marchand, il a aussi convaincu Lesage d’accorder le droit de grève aux employés du secteur public.» Alors que le nationalisme québécois s’affirme, sa position a consisté à promouvoir les intérêts du Québec par la reconnaissance d’un statut spécial.

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