Logo Université Laval Logo Université Laval

Volume , numéro | 23 novembre 2018

Recherche

Le vaccin antigrippal sous-utilisé pendant la grossesse

Le tiers des professionnels de la santé ne recommande pas systématiquement le vaccin antigrippal à leurs patientes enceintes

Par Jean Hamann

En dépit des recommandations des autorités canadiennes de santé, moins de 30% des femmes enceintes reçoivent le vaccin contre la grippe saisonnière. L’une des raisons derrière cette faible couverture vaccinale? Les professionnels qui fournissent des soins de santé aux femmes enceintes – en particulier les sages-femmes – ne font pas montre d’un égal enthousiasme quand vient le temps de discuter de cette mesure avec leurs patientes. C’est ce qui se dégage d’une étude publiée dans le Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada et dont la première auteure est Eve Dubé, chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et au CHU de Québec – Université Laval et professeure invitée au Département d’anthropologie.

Depuis 2007, le Comité consultatif national de l’immunisation recommande le vaccin antigrippal à toutes les Canadiennes qui attendent un enfant. Le système immunitaire des femmes est affaibli pendant la grossesse et le vaccin réduirait leurs risques de complications sérieuses et d’hospitalisations. De plus, le vaccin conférerait aux enfants une forme de protection contre l’influenza pendant leurs premiers mois de vie. Malgré ces recommandations et malgré les campagnes de sensibilisation, les taux de vaccination des futures mamans restent sous la barre des 30% alors que la cible est de 80%.

Les recommandations d’un professionnel de la santé constituent un facteur clé dans la décision de se faire vacciner ou non. Afin de mieux cerner les connaissances, les attitudes et les pratiques touchant la vaccination antigrippale des professionnels fournissant des soins de santé aux femmes enceintes, Eve Dubé et 23 autres chercheurs canadiens ont sondé 1 061 personnes en juillet et août 2017. L’échantillon était composé de médecins de famille (27%), de gynécologues-obstétriciens (25%), d’infirmières (19%), de sages-femmes (19%) et de pharmaciens (10%) qui assuraient des soins aux femmes enceintes.

L’analyse des résultats révèle que même si 96% des répondants connaissent les recommandations au sujet de la vaccination antigrippale pour les femmes enceintes, seulement 72% disent avoir recommandé le vaccin à toutes leurs patientes enceintes lors de la plus récente saison grippale. Les infirmières (84%), les médecins (80%) et les pharmaciens (71%) l’ont fait beaucoup plus fréquemment que les sages-femmes (38%). «Les gens qui croient fortement à l’importance de ce vaccin sont plus enclins à participer à une enquête sur le sujet. Les taux réels sont probablement plus bas que ceux que nous rapportons», précise Eve Dubé.

Les sages-femmes étaient également moins nombreuses à croire que le vaccin était sécuritaire pour le fœtus tous les trimestres (27% contre 65% pour les autres professionnels), que la vaccination des femmes enceintes contre l’influenza est un bon moyen de prévention contre la grippe (23% contre 71%) et que la vaccination réduit le risque d’influenza chez les nouveau-nés (22% contre 64%). «Les sages-femmes préconisent une approche plus naturelle de la santé et de l’accouchement et la plupart des études consacrées à ce groupe indiquent qu’elles sont moins favorables à la vaccination en général», commente Eve Dubé. Au Québec comme dans l’ensemble du Canada, environ 10% des grossesses sont maintenant suivies par des sages-femmes.

Selon la chercheuse, les conclusions de l’étude indiquent qu’il reste beaucoup à faire pour améliorer les connaissances des professionnels de la santé au sujet de la vaccination antigrippale chez les femmes enceintes. «Le défi est encore plus grand lorsqu’on tente de sensibiliser des professionnels qui ne considèrent pas que cette tâche fait partie de leurs responsabilités et qu’il appartient à quelqu’un d’autre de s’en occuper. Pourtant, les recommandations que ces professionnels font à leurs patientes comptent plus dans la décision de se faire vacciner que toutes les campagnes d’information qu’on peut mener sur le sujet.»

Outre Eve Dubé, Dominique Gagnon, de l’INSPQ, et Holly Witteman, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, figurent au nombre des signataires de l’étude menée sous l’égide du Réseau canadien de recherche sur l’immunisation.

vaccin

Depuis 2007, le Comité consultatif national de l'immunisation recommande le vaccin antigrippal à toutes les Canadiennes qui attendent un enfant. En dépit de ces recommandations, moins de 30% des femmes enceintes reçoivent ce vaccin.

Écrivez-nous
Partagez
ULaval nouvelles