Une forme plutôt originale de tourisme prend de l’ampleur aux États-Unis: la chasse aux tornades. L’activité consiste à sillonner pendant des jours les routes des Grandes Plaines du centre du pays à la recherche de formations nuageuses pouvant évoluer en phénomènes météorologiques violents, idéalement en tornades.

Afin de mieux comprendre cette nouvelle forme de tourisme, l’étudiante Catherine Morin Boulais, aujourd’hui doctorante en anthropologie, a passé trois mois en Oklahoma en 2009. Elle préparait alors son mémoire de maîtrise. Le 6 mai, elle présentera les faits saillants de cette recherche à l’occasion du congrès de l’Acfas.

«L’Oklahoma est situé au centre du couloir où naissent le plus de tornades, chaque année, aux États-Unis, explique-t-elle. En trois semaines, j’ai parcouru 12 500 kilomètres et traversé huit États.»
La chasse aux tornades chez nos voisins du Sud a véritablement pris son essor après la sortie du film Twister, en 1996. Aujourd’hui, l’industrie compte plus de 20 entreprises spécialisées dans les voyages offrant la possibilité d’observer de tels phénomènes. Les clients sont habituellement des hommes et des femmes retraités, dans la cinquantaine ou la soixantaine. Ils sont prêts à débourser environ 3 000$ par semaine pour faire de longues heures de route à bord d’un véhicule utilitaire sport ou d’une fourgonnette. Les tours peuvent durer jusqu’à deux semaines. La compagnie fournit le conducteur ainsi qu’un météorologue.

«Le matin, le météorologue consulte son ordinateur et se base sur les prévisions météo pour déterminer la route à suivre durant la journée, raconte Catherine Morin Boulais. Il peut dire, par exemple, qu’il va peut-être se passer quelque chose à 600 ou 700 kilomètres de l’endroit où nous sommes. On s’y rend. On n’attend pas.»

Les cellules nuageuses les plus susceptibles de produire des tornades sont isolées dans le ciel bleu, généralement en fin de journée. Une fois rendus à destination, les chasseurs peuvent apercevoir tel petit nuage qui se déplace au loin et qui pourrait avoir le potentiel de devenir une cellule orageuse. La traque commence. «Il arrive qu’il ne se passe rien, souligne-t-elle. Durant mes trois semaines de chasse, je n’ai vu aucune tornade.» Restée sur son appétit, elle est retournée sur le terrain en 2010, avec plus de chance cette fois, puisqu’elle a pu assister à ce phénomène météorologique.

Catherine Morin Boulais a interviewé 25 clients, conducteurs et météorologues. Six propriétaires de compagnie ont répondu à ses questions par courriel. L’ensemble des réponses indique que les chasseurs de tornades recherchent les sensations fortes. «Lorsqu’on chasse pendant une heure ou deux, l’adrénaline agit sur nous, dit-elle. Il y a de l’énergie dans l’air. C’est accrocheur. C’est vivant» Ces touristes particuliers recherchent aussi le plaisir des yeux. «Le nuage ressort du paysage et offre une esthétique qu’on ne trouve pas ailleurs. On a le plaisir d’admirer la nature, de l’observer dans une de ses expressions originales.»

Mais ce qui attire surtout, c’est la possibilité de se confronter à un phénomène plus grand que soi. «La tornade, explique l’étudiante, est l’une des dernières manifestations de la nature sur laquelle l’humain n’a aucun contrôle. Il ne peut ni la prévoir ni l’arrêter. En plus, face à sa puissance de destruction, l’humain devient vulnérable. Certains m’ont dit que la tornade donne une leçon d’humilité.»

L’objectif des chasseurs de tornades est de se positionner de manière à pouvoir prendre les meilleures images, photos ou vidéos. Le but ne consiste donc pas à s’approcher le plus près possible, encore moins à traverser une tornade comme certains scientifiques vont chercher à faire. En fait, le plus grand danger viendrait de l’engorgement des routes. Une tornade va attirer, entre autres, les médias, des photographes pigistes et des étudiants en météorologie venus comprendre de visu les phénomènes qu’ils étudient. «Souvent, les gens sont seuls dans leur véhicule, dit Catherine Morin Boulais. Ils doivent regarder en même temps la route, le ciel et leur ordinateur.»

Catherine Morin Boulais, Une expérience dans le vent! Regard anthropologique sur le tourisme de chasse aux tornades. Lundi 6 mai à compter de 8h30 au local 1443 du pavillon Charles-De Koninck. Inscription au congrès obligatoire.