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Volume 53, numéro 25 | 19 avril 2018

Actualités UL

Un virage majeur en santé s’impose

Le lauréat du prix Manuvie 2018, Jean-Pierre Després, fait le point sur la lutte contre les maladies causées par la mauvaise alimentation et la sédentarité

Par Jean Hamann

Jean-Pierre Després, professeur au Département de kinésiologie, a remporté le prix Manuvie 2018 pour la promotion d’une santé active. Décerné par le Centre de convergence de la santé et de l’économie de l’Université McGill avec le soutien de Manuvie, ce prix doté d’une bourse de 50 000$ récompense sa contribution à l’avancement des connaissances sur les maladies métaboliques ainsi que ses efforts pour diffuser dans la population les résultats des recherches sur les maladies causées par la mauvaise alimentation et la sédentarité.
Chercheur depuis 32 ans, le professeur Després est aussi directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et directeur de la science et de l’innovation à Alliance santé Québec. Il est donc bien placé pour prendre la mesure du chemin parcouru et pour proposer la feuille de route que les Québécois devraient suivre pour aspirer à une santé durable. Le Fil a recueilli ses réflexions à ce sujet.

Au cours du dernier demi-siècle, les Québécois ont été exposés à un nombre incalculable de programmes d’action visant à les convaincre de mieux s’alimenter et de bouger davantage. Pourtant, l’obésité est toujours en hausse tant chez les adultes que chez les jeunes. Comment expliquez-vous que ce message ne passe pas?

Pendant longtemps, les chercheurs, moi le premier, ont considéré l’obésité comme un simple déséquilibre entre la consommation calorique et la dépense énergétique. On réalise maintenant que le problème dépend aussi d’inégalités sociales au chapitre de l’éducation, des revenus et de l’environnement. La médecine ne peut régler ces problèmes et c’est pourquoi il faut des approches sociétales pour s’y attaquer.

Les messages sur la bonne alimentation et l’exercice prescrivent souvent un nombre de fruits et de légumes et une durée minimale d’activité physique à respecter quotidiennement. Cette approche, qui peut créer un sentiment de culpabilité chez ceux qui n’atteignent pas ces recommandations, doit-elle être repensée?

Il faut éviter les messages culpabilisants qui reposent sur la restriction et la souffrance. Ça ne fonctionne tout simplement pas. Il faut regarder ce que contient notre panier d’épicerie, augmenter la part des bons aliments et réduire la part des mauvais. Pour l’alimentation comme pour l’activité physique, il faut se fixer des objectifs réalistes à notre mesure. Tenter de faire passer son indice de masse corporelle de 32 à 25, c’est comme essayer de gravir l’Everest sans entraînement. C’est difficile et décourageant. Il faut y aller progressivement et ne pas oublier de se faire plaisir.

A-t-on placé trop d’espoir dans la recherche de nouveaux médicaments ou de molécules miracles qui permettraient d’être en santé sans avoir à modifier ses comportements?

Les traitements pharmaceutiques et un suivi médical serré permettent maintenant de prolonger de plusieurs années la vie des personnes atteintes de maladies métaboliques et de maladies cardiovasculaires. Le résultat est qu’il y a plus d’obèses, de diabétiques et de malades que jamais dans le monde, et ce tsunami a atteint le Québec. Essayer de régler ce problème avec des médicaments équivaut à mettre des pansements sur une hémorragie. L’approche pharmacologique a atteint ses limites. La solution durable passe forcément par des changements dans les habitudes de vie.

Comment le système de santé doit-il s’adapter pour faire face à ce tsunami?

Pour l’instant, le système de santé gère la maladie. Cette approche coûte cher sur le plan monétaire et aussi sur le plan de la qualité de vie. On utilise encore le poids, la pression artérielle et certains indicateurs comme le cholestérol pour évaluer l’état de santé d’une personne. Il est temps d’opérer un virage majeur en santé. Au lieu de continuer à brasser la même soupe, je propose une boîte à outils qui contiendrait un ruban pour mesurer le tour de taille, un test de capacité cardiorespiratoire et deux questionnaires, l’un sur la qualité de l’alimentation et l’autre sur le niveau d’activité physique. À partir des résultats, une équipe composée d’un médecin et de spécialistes en nutrition et en kinésiologie pourrait proposer un plan d’action individualisé pour améliorer les habitudes de vie de chaque patient.

Vous intervenez régulièrement dans les médias et sur différentes tribunes pour faire la promotion des bonnes habitudes de vie. Cette visibilité vous contraint sûrement à prêcher par l’exemple. Craignez-vous parfois d’être pris en flagrant délit d’acheter des chips?

Il arrive souvent que les gens que je croise à l’épicerie regardent ce que j’ai dans mon panier et, oui, il m’arrive d’acheter des chips et des boissons sucrées. Il ne faut pas renoncer aux plaisirs que procurent certains aliments, mais il ne faut pas en abuser. Il faut que la vie soit belle.

Et pour l’activité physique?

Ce n’est jamais un fardeau. Ça me permet de profiter pleinement de la vie et je veux vivre heureux et vieux. Je veux être encore en mesure de grimper des cols à vélo lorsque j’aurai 85 ans.

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«L'activité physique n'est jamais un fardeau pour moi, affirme Jean-Pierre Després. Ça me permet de profiter pleinement de la vie et je veux vivre heureux et vieux. Je veux être encore en mesure de grimper des cols à vélo lorsque j'aurai 85 ans.»

Photo: Elias Djemil

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