Rachel Archambault, Serena Hendrickx et Anne Laberge sont toutes trois candidates à la maîtrise en archéologie. De mai à juin 2018, elles ont dirigé les deux secteurs de fouille du site Anderson, dans l’arrondissement de Limoilou, à Québec, dans le cadre du chantier-école en archéologie historique de l’Université Laval. L’endroit est situé entre la 2e et la 3e avenue et la 3e et 4e rue. Dernièrement, les étudiantes déposaient leur rapport préliminaire au ministère de la Culture et des Communications du Québec.

«Cette partie de la ville de Québec a été très peu étudiée par les archéologues et le site témoigne de l’histoire de Limoilou et de la transition d’espaces voués essentiellement à l’agriculture à une urbanisation croissante et contrôlée», explique la professeure Allison Bain, du Département des sciences historiques. Avec son collègue Réginald Auger, elle est responsable du chantier-école.

À l’origine de ce projet de fouilles archéologiques, il y avait cette suggestion, d’un archéologue de la Ville de Québec, d’explorer un stationnement appartenant à la Ville afin d’y identifier les vestiges d’une fortification remontant à la fin du Régime français. «Nous n’avons rien trouvé, raconte la professeure Bain. Par contre, la lecture, aux archives de la Ville de Québec, de documents anciens, comme des actes notariés, des journaux et des photographies, ainsi que la superposition de plans anciens à des photos satellitaires récentes, laissaient supposer la présence d’un bâtiment sous le stationnement, la maison Anderson remontant au 19e siècle.»

Dès 1812, un propriétaire terrien du nom d’Anthony Anderson occupait la terre agricole où se trouve le site. À la suite de son décès, son fils William Hedley Anderson prend en charge la gestion du domaine. Dans la deuxième moitié du siècle, le secteur s’urbanise et se développe. Les occupants de la maison se succèdent. «Un des objectifs principaux de la fouille de 2017, poursuit Allison Bain, a été de localiser ce bâtiment à vocation agricole, le fouiller et le documenter. Les fouilles ont permis de localiser la maison des Anderson, et ce, malgré l’absence de restes des fondations du bâtiment.»

Selon la professeure, les couches de destruction autour de la maison ont livré, en 2017, un ensemble d’artéfacts qui témoignent de la vie quotidienne. «Parmi eux, dit-elle, on trouve diverses céramiques, dont certaines productions locales, mais aussi des céramiques françaises et anglaises. On a également trouvé de nombreux restes fauniques, du verre et des objets en métal.»

Pour la recherche en archives, le chantier-école 2017 avait reçu l’aide de la Société historique de Limoilou et de la Ville de Québec. Sur le terrain, les fouilleurs ont notamment utilisé la pelle, la pioche, le piochon, la truelle, ainsi que des instruments de mesure comme les rubans et le théodolite. Ils ont enregistré leurs données sur des fiches de lot et des carnets d’arpentage. Ils ont tenu des journaux de bord, fait des dessins et pris des photographies.

«L’Université Laval, souligne Allison Bain, est la seule université au Québec à offrir une formation professionnelle de niveau maîtrise en archéologie.»

Au printemps 2018, l’équipe de fouille, constituée d’une vingtaine d’étudiants au baccalauréat ou à la maîtrise en archéologie, a concentré ses efforts sur l’arrière-cour de la demeure afin de trouver les traces des jardins et des dépendances indiquées sur plusieurs cartes historiques. Un secteur de fouille faisait 64 mètres carrés, l’autre 36 mètres carrés. Plusieurs structures différentes ont été mises au jour. Un secteur contient des structures liées aux aménagements paysagers. Dans l’autre se trouvent des latrines ainsi que de petites fosses à déchets, qui se sont révélées très riches en culture matérielle. Si les plus vieilles structures semblent dater de l’occupation des Anderson, les plus récentes vont jusqu’au début du 20e siècle.

equipe-de-fouille-2018-credit-aucunUne vingtaine d’étudiantes et d’étudiants en archéologie ont pris part au chantier-école 2018 à Limoilou.

L’équipe de fouille du premier secteur a mis au jour un assemblage de pierres d’environ 9 mètres de long sur environ 1,7 mètre de large. Cette structure servait vraisemblablement de chemin dans la cour arrière. Ce chemin apparaît d’ailleurs sur un plan datant de 1867.

Le chantier-école a permis d’exhumer de nombreux fragments de pipes à fumer, une activité courante à l’époque. On a aussi mis au jour des dizaines de bouteilles d’eau minérale, d’eau gazeuse et d’alcool. «Il est intéressant de trouver des produits fabriqués à Québec parmi ces bouteilles, soutient Allison Bain. Une des bouteilles d’eau gazeuse en verre complètes et découvertes le printemps dernier porte le nom de “P. DIGNARD & C°” et l’adresse “86 ST VALIER ST./ QUEBEC”. Cet aspect local montre un réseau économique lié à la ville.»

fouilles-bouteille-P-Dignard-credit-aucunCette bouteille d’eau gazeuse de type Hutchinson a été fabriquée à la fin du 19e siècle par une entreprise de Québec.

D’autres artéfacts semblent indiquer la présence d’au moins un enfant vers la fin du 19e siècle. Les fouilleurs ont notamment trouvé des parties de poupée, des billes en verre et des bouteilles pharmaceutiques. L’une d’elles porte l’inscription «Sirop pour enfants du Dr Coderre».

Selon la professeure Bain, les deux chantiers de fouille ont révélé «un très beau portrait de la vie quotidienne au 19e siècle». La troisième saison de fouille du site Anderson aura lieu entre les mois de mai et juin prochains.

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