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Volume 54, numéro 6 | 9 novembre 2018

À la une

Voyage musical à Londres

Des Beatles à Coldplay, la musique britannique entretient des liens forts avec l’évolution de la société

Par Matthieu Dessureault

C’est ce qui ressort d’une conférence donnée par Serge Lacasse, le 31 octobre au Musée de la civilisation de Québec. En marge de l’exposition Ici Londres, consacrée à la créativité de cette ville, le professeur de la Faculté de musique a fait un tour d’horizon des grands moments de l’histoire qui ont marqué la musique britannique.

L’un des bouleversements les plus importants est la Seconde Guerre mondiale, a-t-il dit d’entrée de jeu. «Les changements qu’a vécus la société britannique après la Guerre sont nombreux et profonds. On a voulu reconstruire, pas seulement en termes d’infrastructures, mais aussi de culture. Ainsi, au tournant des années 1950, Londres renaît de ses cendres et reprend peu à peu vie.»

C’est dans ce contexte que sont apparues des modes issues de la sous-culture. Les Teddy Boys, un mouvement constitué de jeunes aux vêtements dignes de l’époque édouardienne, ont adopté comme musique emblématique, le rock’n’roll. On assiste aussi à un retour en force du folklore, le folk revival. Le skiffle, un style musical folklorique mélangeant country, blues et jazz, a influencé moult artistes. «Les Beatles, par exemple, ont joué beaucoup de skiffle au début de leur carrière. Ce style, parce qu’il incorpore des éléments du rock’n’roll, plaisait énormément aux jeunes des classes ouvrières», a raconté le musicologue.

Les années 1960 sont marquées par l’arrivée d’autres sous-cultures dans le milieu ouvrier: les rockers, les mods et les skinheads. Du côté de la classe moyenne, on voit apparaître les hippies. Des groupes comme The Who et les Rolling Stones deviennent très populaires. Des chanteurs de reggae et de ska se font aussi connaître grâce aux skinheads. «Issus de districts pauvres du sud de Londres, les skinheads ne se retrouvent pas dans les valeurs véhiculées par la contre-culture. Ils cherchent à se distinguer, notamment en adoptant la musique du Jamaïcain Dandy Livingstone. À l’époque, cette musique était très peu connue en Grande-Bretagne, sauf par les membres de la communauté caribéenne. Elle deviendra populaire à tel point que des groupes de ska de Londres feront des chansons visant directement la communauté des skinheads. La pièce Israelites, de Desmond Dekker, atteindra le sommet des palmarès par la seule influence de l’écoute des skinheads.»

Puis viendront les «difficiles années 1970», une période marquée par un marasme économique. Avec la désindustrialisation, de multiples usines ferment leurs portes, menant à des pertes d’emploi massives. Divers conflits et grèves éclatent. Malgré la morosité ambiante, la musique se porte bien. Propulsée par l’industrie du disque, qui multiplie les stratégies de marketing pour rejoindre ses clientèles, elle fait surgir une explosion de styles, que l’on pense au disco (Bee Gees, Tina Charles, Hot Chocolate) ou au punk (Sex Pistols). Le rock progressif, caractérisé par des pièces qui s’étalent sur plusieurs minutes, est popularisé par Genesis, Pink Floyd et Queen.

Un autre courant musical fait son apparition: le heavy métal. Black Sabbath, Deep Purple et Led Zeppelin obtiennent un succès monstre chez les adolescents. «La désindustrialisation a contribué à élargir le fossé entre les classes ouvrières et les classes moyennes, a rappelé le professeur Lacasse. Les jeunes hommes se sentent rejetés, voire émasculés, surtout dans le contexte de la montée féministe issue des efforts de la contre-culture. Le heavy métal trouve donc sa source et son public parmi cette génération d’adolescents. Il leur offre l’occasion d’exprimer leur mécontentement haut et fort, mais aussi d’adopter une nouvelle identité, qui se manifeste par une relation avec le fantastique, l’horreur et la mort.»

Cet univers contraste avec celui de David Bowie, dont le style androgyne et flamboyant marquera à jamais la culture populaire. Avec l’avènement du vidéoclip, de nombreux autres artistes feront leur marque, tels que Duran Duran, Culture Club et Pet Shop Boys. Suivront les années 1990, avec la musique de danse des Spice Girls, la britpop de Radiohead et les rythmes multiculturels de plusieurs artistes issus de l’étranger.

Quant aux années 2000, elles sont marquées par un avancement considérable des technologies. Internet, la compression des fichiers audio, la production musicale assistée par ordinateur et les téléphones intelligents, entre autres, ont contribué à diversifier la création et la distribution de la musique. «Plus que jamais, la musique se trouve sur toutes les plateformes, que ce soit la télévision, la radio ou le cinéma, mais aussi dans les jeux vidéo, sur Internet et sur les tablettes et les téléphones mobiles. Ainsi, contrairement à ce que plusieurs prétendent, en particulier les distributeurs de CD, l’industrie ne s’est jamais mieux portée qu’aujourd’hui. Dans ce contexte, Londres poursuit son développement et génère, comme toujours, une musique variée et souvent raffinée», a conclu le conférencier, faisant référence aux Coldplay, Adele et Muse.

D’autres conférences à venir

Au cours des prochains mois, d’autres conférences seront présentées en marge de l’exposition Ici Londres. Ces présentations de divers experts porteront sur l’architecture (28 novembre), la musique classique (30 janvier), la monarchie (27 février) et la littérature (13 mars).

Le tout est une initiative de Martin Le Blanc, chargé de projets au Musée de la civilisation. «Le Musée de la civilisation a toujours déployé une offre plurielle autour de ses expositions afin d’approfondir le sujet et de compléter l’angle abordé dans celui de l’exposition. Un thème aussi riche que celui de la ville de Londres était tout indiqué pour offrir une telle série de conférences», dit-il.

Pour plus d’information: la série Londres créative! 

The Beatles

Les Beatles, que l’on voit ici à leur arrivée à New York en 1964, ont créé un tel engouement qu’ils ont marqué l’histoire de la musique à travers le monde.

Photo: UPI

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