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Volume 54, numéro 6 | 24 octobre 2018

Un wiki pour les professionnels de la santé

Des étudiants en médecine conçoivent une plateforme collaborative unique dans le monde francophone

Par Yvon Larose

La Semaine du libre accès 2018 bat son plein à la Bibliothèque. Entre le 23 et le 25 octobre, le comité organisateur de l’événement aura présenté deux enregistrements de conférence ainsi qu’un film. Le 22, une présentation a eu lieu sur un projet de wiki étudiant destiné aux professionnels de la santé.

«Nous développons Wikimedica, une plateforme Web libre, fiable, moderne et innovante afin que les professionnels de la santé puissent collaborer dans la création, l’amélioration et la diffusion des connaissances essentielles à l’exercice de leurs professions, explique Antoine Mercier-Linteau, ingénieur informatique, wikipédien et étudiant en médecine. Pour le moment, le site n’est accessible qu’aux étudiants du préclinique en médecine de l’Université Laval. En date d’aujourd’hui le 23 octobre, Wikimedica compte 1 036 utilisateurs, 929 pages de contenu et 15 616 modifications uniques. Le site est en usage actif par la presque totalité de ces étudiants. Il en est donc à un très bon niveau d’avancement.»

Le véritable démarrage du projet Wikimedica remonte à l’automne 2016 alors qu’Antoine Mercier-Linteau suggère au Groupe d’enseignement médical étudiant d’utiliser une plateforme de type wiki pour diffuser des résumés de cours. Le lancement officiel de Wikimedica a lieu au printemps 2017. Cet été, le site s’est constitué en organisme sans but lucratif.

Le contenu actuel du site s’adresse aux étudiants au préclinique, la première de deux étapes constituant les études de doctorat en médecine. Ces études correspondent à un baccalauréat de premier cycle. Trente sections d’informations sont proposées. Elles touchent notamment au système respiratoire, à l’épidémiologie et à la démarche clinique. Une section est consacrée aux personnes âgées et aux soins de fin de vie, une autre aux problèmes pédiatriques. D’une section à l’autre, l’information est répartie en notes de cours, en guides d’étude et en flashcards. Les contenus sont rédigés dans une langue claire et concise. Sous la forme de questions avec choix de réponses, les flashcards agissent comme des aide-mémoire, des abrégés.

«Les flashcards sont très populaires, souligne Antoine Mercier-Linteau. Il s’agit d’une bonne façon de confirmer ses connaissances. Après avoir passé des heures à lire sur un sujet, on va à l’essentiel. C’est aussi une autre modalité d’apprentissage, une autre forme d’étude lorsqu’on crée et qu’on enrichit des flashcards. Une vingtaine de personnes contribuent de manière assidue à l’enrichissement des contenus sur notre site. Une trentaine d’autres le font de façon plus sporadique.»

Wikimedica possède plusieurs caractéristiques clés. On y trouve notamment une page de maladie type, une fonction de recherche, une page de discussion, des alertes et notifications, ainsi qu’une recherche de maladies à partir de signes et symptômes. Le processus éditorial permet un suivi des modifications et une révision par les pairs. Ce processus ainsi que l’absence d’anonymat favorisent une assurance de qualité. «Notre projet est novateur en données ouvertes, indique l’étudiant. Il a fait ses preuves. Il fonctionne sur un logiciel fiable. Il permet la traçabilité de l’information. Il respecte le droit d’auteur.»

Au printemps 2018, 139 étudiants au préclinique ont répondu à un sondage des administrateurs du site. Résultat: 92% des répondants font une utilisation au moins occasionnelle de Wikimedica. De plus, 85% ont confiance à plus de 70% du contenu.

Selon Antoine Mercier-Linteau, il est clair que le site répond à un besoin. «Il y a des lacunes dans la diffusion des connaissances en médecine dans une société du savoir comme la nôtre, affirme-t-il. Les causes sont multiples. La complexification accélérée de la pratique médicale se traduit par une difficulté croissante à garder l’information à jour. La fragmentation de l’information découle de l’offre hétérogène des sources et du fonctionnement en silo des différents producteurs de savoir. Il y a aussi le coût élevé des applications informatiques dans le domaine et des supports figés que sont les livres de médecine ou les documents de bureautique. Finalement, le libre accès, pourtant catalyseur de progrès et essentiel à un système de santé publique, est une rareté dans le milieu.»

En quoi Wikimedica est-il original? «À notre connaissance, il n’y a rien d’équivalent dans le monde francophone, soutient-il. Dans le monde anglo-saxon, certaines initiatives connaissent un relatif bon succès. Mais à la différence de Wikimedica, ce sont des médecins qui ont construit ces sites, pas des informaticiens. Les capacités technologiques, lorsque présentes, y occupent généralement un rôle de second ordre.»

La construction du volet des études précliniques est maintenant terminée. Cela dit, en raison du développement constant de la science médicale, des modifications continuent d’être apportées régulièrement au site. Les artisans de Wikimedica travaillent maintenant sur la confection des contenus destinés aux étudiants à l’externat, soit ceux qui poursuivent leur formation en milieu hospitalier.

Les activités de la Semaine du libre accès 2018 ont lieu de 13 h à 14 h 30 au local 4117 du pavillon Jean-Charles-Bonenfant. Mercredi, le 24 octobre, il y aura projection de Libérer son art et gagner sa vie. Il s’agit d’un enregistrement de la conférence que prononçait Gwenn Seemel, artiste peintre franco-américaine, lors d’un colloque de l’Association pour le développement technologique en éducation en 2018. Le lendemain, jeudi, le film Paywall, the Business of Scholarship, du professeur Jason Schmitt de la Clarkson University, sera projeté. Trente minutes avant chaque activité, à la sortie de l’ascenseur, les membres du comité organisateur accueillent et discutent de libre accès avec les visiteurs. Chaque présentation est suivie d’une période de discussions.

Wikimedica

medecin

Un jeune médecin discute avec un patient âgé tout en consultant une tablette numérique. Qui sait: un tel scénario se présentera peut-être un jour grâce à la plateforme Wikimedica?

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